/ Réflexions / Analyses : Slavoj Žižek, la proposition anarchiste en contrepoint

Slavoj Žižek, la proposition anarchiste en contrepoint

Pierre Bance /24 novembre 2014   

Réflexions - Culture


Bien des inexactitudes sont dites et écrites à propos de Slavoj Žižek, souvent par des gens qui ne l’ont pas lu, ou mal lu. Il faut dire que le personnage, par ses provocations médiatiques à propos du communisme, de la dictature du prolétariat, de la terreur, etc., les a entretenues et en a favorisé de plus graves qui, bien que malveillantes ou simplement idiotes, tels son antisémitisme ou son fascisme, n’en font pas moins leur œuvre.
La philosophie politique de Žižek mérite mieux que des jugements définitifs, des condamnations péremptoires.

Dans le cadre de ses lectures militantes (http://www.autrefutur.net/_Pierre-Bance_), Pierre Bance montre que Žižek pose des questions qui contrarient la pensée anarchiste, qui obligent ceux qui aspirent à une société sans État à un effort de conceptualisation, à un renforcement de l’argumentaire pour expliquer que le communisme est un monde souhaitable et possible. Un monde qui n’a pas grand-chose à voir avec la démocratie radicale suggérée par Žižek dont les postulats, les préjugés, les abstractions, les diversions… éclairent en contrepoint la pertinence du projet d’un autre futur sans État.
L’article est rédigé pour être lu sans être obligé de se reporter systématiquement aux notes, lesquelles, pour une réflexion plus approfondie, donnent les références des citations, des compléments bibliographiques et des approfondissements ou observations de l’auteur.

Très long pour une lecture à l’écran, le texte est également proposé au téléchargement.
Il est libre de droits avec mention de l’auteur : Pierre Bance, et de la source : Autrefutur.net.

PDF - 542.3 ko
Slavoj Zizek-la proposition anarchiste en contrepoint. (Autrefutur)

Slavoj Žižek ne serait connu que de quelques spécialistes de la philosophie marxiste et de la psychanalyse lacanienne s’il n’avait commis quelques excentricités lui procurant une notoriété inespérée qu’il gère comme un patrimoine [1]. Prétendre que c’est « le philosophe le plus dangereux d’Occident » est ridicule [2]. Á la différence de Badiou, avec son De quoi Sarkozy est-il le nom ?, ce ne sont pas les écrits de Žižek qui font scandale mais ses déclarations hautes en couleur dans les journaux, à la radio ou à la télévision lesquels l’encouragent dans cette voie. Beaucoup en parle, peu l’ont lu, si bien que sa pensée politique cède à sa caricature. Si l’on se plonge dans ses textes politiques, on constate qu’il en dit plus qu’il n’en écrit et certainement qu’il n’en pense [3]. Doté de connaissances encyclopédiques qui lui permettent de combiner maints sujets sous l’angle philosophique, psychanalytique, culturel et politique, il étourdit le lecteur par une production foisonnante, sans craindre les « copier-coller », les digressions et les blagues [4]. Žižek développe sa pensée par progression. De livre en livre, il reprend une idée, la prolonge, la corrige, revient dessus, sa lecture exige un éveil constant. Voici l’avertissement du professeur belgo-américain Bruno Bosteels :

« Il peut sembler que Žižek campe sur une série orthodoxe de concepts lacaniens, mais en réalité ces termes changent souvent assez dramatiquement de signification. Enfin, le dialogue de Žižek avec des penseurs contemporains offre un superbe exemple de l’“art de la guerreˮ machiavélique en philosophie – souvent présentant comme position d’un adversaire ce qui est en réalité sa propre position, avant de l’attaquer pour des raisons qui sont parfaitement valables pour une de ses propres positions antérieures. Aussi beaucoup des critiques dans les livres de Žižek peuvent et doivent-elles se lire comme des autocritiques. Le résultat de ce style de pensée tout à fait unique dans le panorama contemporain est qu’une lecture compréhensive de l’œuvre de cet auteur prolifique est en passe de devenir une fascinante impossibilité » [5].

Il ne sera pas ici question d’étudier la philosophie de Žižek organisée autour de quatre penseurs : Hegel, Marx, Lacan, Badiou sur les abstractions desquels il disserte, selon le mode et dans la langue marxistes vernaculaires, à longueur de pages difficiles pour l’étranger à la dialectique hégéliano-marxiste, à la rhétorique freudo-marxiste, à la psychanalyse lacanienne. Pour ce qui est de ses prises de positions politiques qui en seraient issues, point n’est besoin de savoir lire le marx ancien ou le marx post-moderne pour comprendre que Žižek ne mérite pas l’étiquette stalinienne que lui collent, avec délectation, les chroniqueurs ; pas plus qu’il ne mérite d’être considéré comme un philosophe révolutionnaire, encore moins un idéologue innovant. Sa doctrine moins sophistiquée que celle d’un Rancière, moins élaborée que chez Negri, moins déconcertante qu’avec Badiou et sans les abus de confiance d’Holloway [6], n’est pas très éloignée de la démocratie radicale de Laclau et Mouffe [7]. Deux mots ont tué Žižek comme théoricien de la pensée politique et ont fait sa gloire comme acteur de la scène médiatico-intellectuelle : « dictature-du-prolétariat » et « terreur ». À l’écrit, Žižek se défend d’avoir entretenu ces malentendus.

Žižek s’affirme communiste. Mais, il ne suffit pas d’être opposé à l’exploitation et à la domination capitaliste pour être communiste, il faut se déterminer sur la question de l’État. Á l’instar des autres philosophes contemporains, Žižek se retient d’en dire trop sur ce que pourrait être une société communiste [8] parce que « si le communisme est vraiment une Idée “éternelleˮ ; il fonctionne donc comme une “universalité concrèteˮ hégélienne : il est éternel non pas au sens où il s’agirait d’une série de caractéristiques universelles abstraites pouvant être appliquées partout, mais au sens où il doit être réinventé dans chaque situation historique nouvelle » [9]. Ce qui lui laisse du répit avant d’en venir aux moyens de l’hypothèse communiste et lui permet de se concentrer sur la critique du capitalisme.

Le nouvel esprit du capitalisme

Slavoj Žižek considère que la domination du capitalisme est plus forte que celle de l’État parce que le capital « menace notre liberté d’une façon beaucoup plus retorse, en pervertissant le sens que nous donnons à la liberté » ; le capital nous bombarde de « ”libres choix” imposés », nous oblige à « prendre des décisions à propos desquelles nous ne sommes bien souvent même pas compétents » [10]. Dans l’idéologie quotidienne notre servitude est présentée comme notre liberté avec pour seul but de nous faire consommer, « acheter des choses revient […] à voter continuellement avec notre argent » pour la pérennité du système [11]. L’hégémonie du capital finit par donner « l’illusion que l’État disparaîtrait de lui-même » [12]. Cette société du chantage – elle ou le chaos, elle ou la dictature – tient par l’apparence de son indestructibilité et sa capacité à « s’accommoder de toutes les civilisations, de la chrétienté à la bouddhiste, de l’Occident à l’Orient » [13]. « Visiblement, constate Žižek, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme » [14]. La question de l’État libéral et de la démocratie représentative ne viennent qu’en second car ils ne sont que des rouages.

« De l’analyse de Marx, il ressort essentiellement que la matrice idéologico-juridique du binôme liberté-égalité n’est pas un simple “masqueˮ dérobant le binôme exploitation-domination, mais la forme même où ce dernier est mis en exercice » [15].

Žižek a le mérite de rappeler ce postulat au moment où les sociaux-libéraux abreuvent les citoyens, électeurs potentiels, de leur capacité à valoriser et garantir les principes de liberté et d’égalité dans une société de marché ; de rappeler ainsi que les partis socialistes, les partis de la gauche parlementaire sont bien le dernier rempart du capitalisme, et qu’il ne suffit pas de parader au Forum social mondial de Dakar pour casser le cadre « transcendantal » de l’appareil idéologique dominant [16].

Et voilà que de nos jours, « c’est le capitalisme qui est proprement révolutionnaire » et met plus encore l’État à son service par une construction d’apparence contradictoire [17]. Ayant vaincu l’U.R.S.S. et ce qu’il dit être le communisme, le capitalisme se trouve une nouvelle dynamique idéologique. Sans coup férir, il « a triomphalement récupéré la rhétorique égalitaire et antihiérarchique de 1968, en se présentant comme une révolte libertarienne réussie » [18] : liberté de la société civile contre liberté d’entreprendre, moins d’État pour plus de marché, ce que Žižek appelle « le nouvel esprit du capitalisme » [19]. Un nouvel esprit dont la logique dérégulatrice, anti-étatique, nomade, déterritorialisante « coexiste avec (et repose sur) des interventions toujours plus autoritaires de l’État et ses appareils juridiques ou autres. Ce qu’on peut discerner à l’horizon de notre devenir historique est donc une société où le libertarianisme et l’hédonisme personnel coexistent avec (et son alimentés par) une toile complexe de mécanismes régulateurs mis en place par l’État. Aujourd’hui, loin de disparaître, l’État rassemble ses forces » [20]. Rassemble et renforce ses moyens au service et sous la direction d’un capitalisme régulé pour ses seules pérennité et prospérité, exaltant le mythe de la « fin de l’histoire » qui l’autoriserait à se présenter comme le système le plus efficace pour œuvrer dans l’intérêt général ; nouvelle entreprise de lessivage des cerveaux qu’il souhaiterait finale [21]. Heureusement pour l’humanité, la « meilleure des sociétés possibles » est aveugle, elle ne voit pas qu’elle « approche un point zéro apocalyptique » [22]. S’y développent des antagonismes, terreaux du communisme, qui finiront par faire douter de son éternité. Žižek discerne « quatre cavaliers de l’apocalypse » [23] :
- la marchandisation effrénée qui se heurte à la difficulté d’appliquer le concept juridique de propriété privée aux produits résultant du travail intellectuel notamment à partir des nouvelles technologies [24] ;
- l’inquiétude soulevée par les développements des techno-sciences spécialement la biogénétique et le contrôle numérique sur nos vies ;
- la catastrophe écologique mondiale ;
- La construction de murs symboliques ou matériels à travers le monde qui accroît de manière explosive les divisions sociales.
Les trois premiers antagonismes relèvent de ce qu’on appelle les « communs » tels que Michael Hardt et Antonio Negri les ont mis en valeur et qui justifient la réactivation de la notion de communisme ; des biens naturels (le vivant, la nature) ou non (la pensée, le langage) qui devraient appartenir à tous, font l’objet d’une appropriation privée [25]. Le quatrième, l’opposition entre inclus et exclus, est celui qui donne aux trois autres « leur caractère subversif ». Sans lui « l’écologie devient affaire de développement durable, la propriété intellectuelle se limite à un casse-tête juridique et la biogénétique à une question éthique » [26].

La matrice communiste

À cet instant de la démonstration, comme Alain Badiou qu’il se plaît à citer, Slavoj Žižek se réfère aux invariants, la matrice du communisme, qu’il oppose à l’illusion d’« une nouvelle dynamique postmoderne ou postindustrielle ou post-ce-qu’on-voudra » [27]. Voici le point de départ de la construction politique zizékienne :

« La gauche postmoderne n’a cessé de nous seriner qu’il faudrait abandonner le paradigme “jacobino-léninisteˮ du pouvoir dictatorial centralisé. Mais peut-être le temps est-il venu d’inverser ce mantra [façon de penser], et d’admettre qu’une bonne dose de ce paradigme “jacobino-léninisteˮ est précisément ce dont la gauche actuelle a besoin. Aujourd’hui, plus que jamais, on devrait insister sur ce que Badiou appelle l’Idée “éternelleˮ de Communisme, ou les “invariants communistesˮ – les “quatre concepts fondamentauxˮ à l’œuvre depuis Platon jusqu’au maoïsme, en passant par le jacobinisme, le léninisme et les révoltes millénaristes du Moyen Âge : justice égalitaire stricte, terreur disciplinaire, volontarisme politique et confiance dans le peuple » [28].

Les antagonismes sociaux génèrent le besoin de communisme, les invariants en donnent les conditions. Reste à imaginer le mouvement qui fera disparaître les antagonismes en se nourrissant des invariants. Ou, pour le dire comme Žižek, comment faire pour que le communisme ne reste pas « un rêve qui prospère sur sa propre impossibilité » [29].

Aujourd’hui, l’idée communiste est hypothéquée par la division du prolétariat. Les exclus dont parle Žižek dans les antagonismes du capitalisme sont les marginaux de la société : les sans-emploi, les habitants des bidons-villes et « autres interstices de l’espace public » [30], « ceux qui ne sont plus même citoyens » [31]. Ils doivent s’allier les deux autres parties du prolétariat : les travailleurs intellectuels, la vieille classe ouvrière manuelle. Cet éclatement de la classe laborieuse résulte de la désintégration de la vie sociale organisée par le capitalisme qui a conduit au repli de chaque partie vers « une politique identitaire multiculturelle chez les intellectuels ; un fondamentalisme populiste régressif chez les ouvriers ; des groupements semi-illégaux (gangs, sectes religieuses, etc.) parmi les marginaux » [32]. Chaque groupe est monté contre les deux autres. Or, rien ne sera possible sans unité des trois composantes. Comment faire ? Žižek assure une chose : « cette unité ne sera pas garantie par une quelconque figure du “grand Autreˮ qui viendrait la prescrire » [33]. Le « grand Autre », référence à un concept lacanien, peut ici être compris comme un mythe historique (une révolution), un fait politique extérieur (le Venezuela de Chávez), un homme providentiel (un tribun) ; toujours un modèle externe idéalisé censé résoudre le problème et qui, en réalité, le fige. Ce serait toutefois un contresens de penser que Žižek adhère à la prescription « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » telle que l’entendent les syndicalistes révolutionnaires [34]. L’avertissement ne s’adresse pas spécialement aux ouvriers ou aux exclus mais plutôt aux intellectuels, la gauche universitaire « qui escompte qu’un théoricien va venir lui expliquer ce qu’il faut faire » [35].

Le rôle des intellectuels n’est pas de s’emporter contre les pièges que lui tend la société du chantage pour disperser ses responsabilités mais de maîtriser leur colère pour « la transformer en une ferme résolution de penser, de réfléchir d’une manière réellement radicale » [36]. Ce qui veut dire : distinguer « ceux qui combattent pour l’émancipation et leurs adversaire réactionnaires », « le peuple et les ennemis du peuple » [37]. Cette vision des deux blocs, propre à la lutte des classes, place les combats multiculturalistes en arrière-fonds ; les luttes antiracistes, féministes, pour les libertés sexuelles, etc., sont nécessaires mais ne doivent pas être dissociées de la lutte globale pour l’émancipation dominée par l’antagonisme économique [38]. À défaut, elles l’affaiblissent et pourraient même nourrir l’émergence de discriminations telles les nouvelles pressions racistes en Europe [39], voire à collaborer à la domination de l’État en l’informant [40]. L’accusation peut aller plus loin en reprochant aux organisations du la mouvance multiculturaliste de dépendre de l’État [41]. « Je crois en une universalité de combat », écrit Žižek [42]. L’intellectuel recherchera les pistes pour parvenir à l’unité indispensable du prolétariat telle que le décompose Žižek qui cite Badiou dans sa pureté léniniste :

« En fait ce qui nous est imparti comme tâche, disons même comme devoir philosophique, c’est d’aider à ce que se dégage un nouveau mode de l’existence de l’hypothèse » [43].

Ce que Žižek concrétise ainsi : « La tâche essentielle du 21e siècle sera de politiser – en les organisant et en les disciplinant – les “masses déstructuréesˮ des bidonvilles » [44] pour constituer une « organisation explosive d’agents différents » [45]. « Bidonvilles » doit être compris largement, il inclut les banlieues françaises qui ne sont pas des favelas mais où la population dispose de faibles revenus, est inorganisée, sans pensée politique et partiellement désocialisées, les jeunes notamment.

Politiser, organiser, discipliner les masses, mais comment ?

Que faire ?

L’affaire n’est pas simple et le raisonnement de Slavoj Žižek non plus. La phase préparatoire à la révolution, au passage à la société anticapitaliste prendra la forme d’une triade : il faut un mouvement, un parti et un dirigeant liant le mouvement au parti [46]. Celle-ci constituée, le moment favorable venu, la prise du pouvoir sera possible pour un communisme dont on ignore beaucoup. Si tant est qu’il s’agisse de communisme puisqu’il n’y est jamais question de la disparition de l’État.

Même si l’acte de rébellion compte « pour une réussite dans la mesure où il instaure l’immortelle idée de liberté » [47], les mouvements sociaux tels que nous les voyons sont sans avenir. Leur succès est souvent une illusion car il « doit être évalué sur la base de ce qu’il en reste une fois qu’ils sont passés » [48]. Pour le projet révolutionnaire, il n’en reste rien, à moins qu’ils ne soient qu’« une provocation hystérique, adressée au maître, sans programme positif permettant de substituer un nouvel ordre à l’ancien » et traduire « comme un appel (désavoué, bien sûr) à un nouveau maître » [49]. L’individu comme les masses se heurtent à une aporie [50], une incapacité à mesurer leur force :

« Nous (les agents individuels ou collectifs) avons beau savoir que tout est entre nos mains, il nous est impossible de prédire les conséquences de nos actes – loin d’être impuissants, nous sommes omnipotents, sans être capables de déterminer l’étendue de nos pouvoirs. L’écart entre les causes et les effets se révèle irréductible, et aucun “grand Autre” n’est là pour garantir l’harmonie entre les niveaux, pour assurer que le résultat global de nos interactions sera satisfaisant » [51].

Cet énoncé du problème psychologique cache une solution. Oh ! Žižek n’en dira pas trop et commence par caricaturer l’embarras dans laquelle se trouvent les libertaires et quelques autres :

« Au lieu de considérer l’exigence populaire d’un nouveau Maître comme un signe d’“immaturité” et d’impuissance à constituer un pouvoir politique par un processus de démocratie directe, il faudrait héroïquement assumer ce rôle et offrir au peuple ce qu’il veut, même si cela équivaut parfois à contrarier ses attentes directes » [52]

Ce maître nécessaire sera quelque chose comme… un parti [53]. Ce parti sera différent du parti politique démocratique ordinaire qui tient sa légitimité des élections. Le « Parti “renforcé” » la tiendra de la dynamique politique des mouvements, l’élection restant secondaire. Mieux, le parti exprimera la volonté des mouvements sans même négocier avec eux puisqu’il est « un mouvement transsubstantié dans la forme de l’universalité politique, prêt à assumer le pouvoir d’État en sa totalité [un mouvement qui], en tant que tel, ne s’autorise que de lui-même » [54]. Un peu de charabia pour faire passer le bon vieux Parti communiste d’autrefois ? On ne le saura pas car, pour l’instant, c’est un parti qu’il faut inventer et Žižek dit ne pas savoir comment [55]. Par contre, il fait intervenir un troisième acteur entre le peuple en mouvement et le parti : le dirigeant. Un nom propre qui va favoriser cette « transsubstantiation » incarnant la fusion du Parti et du peuple [56].

Si le dirigeant occupe une position particulière qui lui permet d’établir et de garantir l’égalité entre les sujets « qui sont égaux en raison de leur identification commune au leader », il « doit dissoudre sa position spéciale au sein de cette égalité » [57]. Le dirigeant est tout et rien. Tout parce que sans lui peuple et parti ne peuvent s’unir. Rien parce qu’il n’est qu’un symbole, un nom mobilisateur [58]. L’idée n’est pas facile à saisir tant il est dur de trouver des exemples dans l’histoire, qui répondent à cette définition, Žižek se garde bien, d’en donner [59]. Il se retranche derrière Alain Badiou qui cite, entre autres, Robespierre, Lénine, Mao, Che Guevara. Mais Badiou ne retient que le nom mobilisateur lui-même sans considération du reste : l’exercice du pouvoir par le dirigeant-nom propre, ce qu’il illustre par la critique de Joseph Staline et du culte de la personnalité par Nikita Khrouchtchev qui « était mal venue, et annonçait sous couvert de démocratie, le dépérissement de l’Idée du communisme auquel nous avons assistées dans les décennies qui suivirent » [60]. On ne retrouve pas chez Badiou cette idée de dissolution du leader dans l’ensemble. Buenaventura Durruti correspondrait-il du paradoxe de Žižek ? Certains le penseront, Michael Hardt et Antonio Negri pourraient être de ceux-là [61].

À supposer réalisée la fusion de la triade – un peuple-en-mouvement-mobilisé-dans-le-parti-dirigé-par-un-nom – vient le moment de l’action, de la conquête du pouvoir et de la destinée de l’État confisqué au capital. Žižek critique ce qu’il appelle la pseudo-activité qui « agit tout le temps mais pour que rien ne change véritablement », il déteste « cette idée de l’explosion libératrice » [62]. Mais il reste sec sur ce qu’il faut faire pour réussir une révolution. En prévision de cette critique, il griffonne quelques prescriptions qui laisseront goguenards ceux qui œuvrent au quotidien pour changer le monde :

« Les révolutionnaires doivent attendre patiemment le moment (généralement très bref) d’un dysfonctionnement manifeste ou d’un effondrement du système, saisir la fenêtre d’opportunité, s’emparer du pouvoir qui est alors à prendre pour ainsi dire dans la rue [63]. Et pour ceux qui ont besoin d’une référence savante, Žižek précise qu’il faudrait ici appliquer la distinction lacanienne entre but et visée, « si la construction d’une société non capitaliste n’est pas le but immédiat de la politique émancipatrice, elle n’en devrait pas moins constituer sa visée ultime, l’horizon de toute son activité » [64].

Même si Žižek n’aime pas la violence physique, qu’il en a peur [65], il sait qu’elle est un risque nécessaire [66]. Mais cette violence qui peut détruire l’ancien pouvoir, « ne peut jamais créer l’autorité qui légitime le nouveau pouvoir. La violence est ainsi la plus faible base possible sur laquelle instaurer un gouvernement » [67]. Voilà un bémol à la légende d’un féroce philosophe mais qui ne dit toujours pas ce que veut Žižek étant entendu qu’« il est clair que les alternatives du 20e siècle n’ont pas fonctionné » [68].

Mais fi du passé, c’est plutôt la démocratie directe, toute forme d’autonomie politique que Žižek se plaît d’attaquer au travers des écrits d’Antonio Negri [69]. Le débat sur les propositions alternatives au capitalisme et à l’État s’en trouve restreint et maintenu dans l’abstraction puisque l’on sait que Negri évacue la question du fédéralisme politique et de l’autogestion économique même s’il ne s’y oppose pas de front [70]. Žižek écrit ainsi :

« Peut-on imaginer une société entièrement organisée autour de l’expression des multitudes, une société qui serait celle de la “démocratie absolue”, une société sans représentation ? Une société de mobilisation permanente, dans laquelle chaque structure objective constitue une expression directe de la productivité subjective ? […] Il est structurellement impossible de “totaliser” la multitude des mouvements : la “démocratie absolue” le règne total et direct de la multitude est un trompe-l’œil, une image composite résultant de l’imbrication factice de deux dimensions hétérogènes » [71].

L’autonomie politique et économique étant écartées, Žižek entre dans un bizarre raisonnement. L’URSS de Staline a échoué parce qu’elle a abandonné le vrai communisme, mené une politique anti-étatique pour « des formes d’auto-organisation non représentatives “directesˮ (les “conseilsˮ) » [72].

L’État plutôt que l’anarchie

Peut-on se contenter de dire qu’il y a là un postulat paradoxal, provocant, qui n’appelle pas de commentaire sinon qu’il traduit une phobie du vide anarchique, que tout cela n’est pas sérieux [73] ? Faut-il, alors, prendre le texte au mot : l’autogestion, entendue sous ses différentes formes, n’est pas une alternative à la théorie marxiste-léniniste de l’État-parti parce qu’elle n’est qu’une prise de distance à l’égard de l’État (capitaliste) laissé intact, programmant ainsi sa propre défaite [74]. Slavoj Žižek aurait pu prendre comme exemple la guerre d’Espagne où la collectivisation a cohabité avec l’État qui la détruira et la révolution libertaire avec [75]. Mais les implications de cet exemple ne sont pas de celles pour plaire au Slovène qui apostrophe le lecteur : « si vous n’avez pas une idée claire de ce par quoi vous voulez remplacer l’État, vous n’avez aucunement le droit de vous soustraire/retirer de cet État » [76]. Précepte castrant toute progression dans la voie communiste originelle. Pourquoi les anarchistes, communistes libertaires, syndicalistes révolutionnaires ou autres communistes conseillistes ou autogestionnaires n’auraient pas les idées claires [77] ? Dans la pure mauvaise foi de la critique de l’anarchisme des anciens politiciens et intellectuels marxistes, Žižek réduit les alternatives communistes aux zones d’autonomie temporaire (TAZ) d’Hakim Bey [78]. Un procédé rassis qui lui permet d’avancer un deuxième postulat encore plus paradoxal que le premier :

« Au lieu d’une prise de distance vis-à-vis de l’État, la vraie tâche consisterait à faire fonctionner l’État lui-même sur un mode non étatique » [79], soit « une société réellement démocratique […] dans laquelle ce sont les sujets unis qui dirigent, servis par ceux qui n’ont de dirigeants que le nom » [80].

Comment réussir ce tour de force ? Inventer un nouvel ordre social, instaurer un nouveau mode d’appropriation des appareils d’État [81] ? Et surtout comment le faire sans revenir aux formes d’organisation préalablement dénoncées tels les conseils ouvriers ? En retenant la leçon de Lénine donnée dans L’État et la révolution, répond Žižek. Leçon que Lénine lui-même n’a pas été en mesure de respecter. Žižek la résume :

« Le but de la violence révolutionnaire n’est pas de faire main basse sur le pouvoir d’État, mais de le transformer, de radicalement changer son fonctionnement, le rapport qu’il entretient avec la base, etc. Ici réside la pièce maîtresse de la “dictature du prolétariatˮ » [82].

« Mon problème est celui-ci : le retour à l’ordre » [83]. Et quoi de mieux dira-t-on qu’une bonne dictature du prolétariat pour revenir à l’ordre ? Pour tout dire, les contours de cette dictature et ses conséquences sont difficiles à cerner [84].

Du sens de la dictature du prolétariat

Parce que l’État n’est pas destructible de l’intérieur, comme la Révolution culturelle chinoise l’a encore montré [85], autrement dit, parce que l’État ne peut pas faire dépérir l’État, ce que les anarchistes ressassent depuis longtemps, Slavoj Žižek propose un autre chemin, « une tâche ardue consistant à se dégager du cadre contraignant de la structure étatico-marchande, tâche pour laquelle aucune formule rapide n’est à portée de main » [86]. Elle implique une symbiose entre l’État lui-même « radicalement transformé » et « de nouvelles formes de participation du peuple » [87]. Le problème tient à ce que l’on ne sait pas trop ce qui doit être transformé dans l’État et quelles pourraient être ces nouvelles formes d’organisation. Une seule chose est sûre, le moteur de la nouvelle société est la dictature du prolétariat, non au sens et à l’usage qu’en firent, en URSS, le parti bolchévique et sa bureaucratie au nom du peuple, mais dans le sens d’une « pression qu’exerce le peuple [sur le gouvernement] par sa mobilisation et son auto-organisation » ( [88] ; d’où la définition que Žižek dit emprunter à Antonio Negri : « Dictature du prolétariat signifie gouverner avec les mouvements » [89].

Žižek aime avancer la « terreur » comme maître-instrument de la dictature du prolétariat ; ce qui effraie les gogos et est exploité par ses ennemis pour le diaboliser ou le ridiculiser [90]. Or, chez Žižek, « terreur » ne doit pas être compris « au sens de goulag, mais au sens d’une certaine discipline sociale » [91]. Pourquoi Žižek s’obstine-t-il à parler de terreur, voire de « bonne terreur » [92], alors que le communisme, tout le monde le comprend, a besoin de discipline, tout simplement ? Žižek n’ignore pas totalement le mot :

« Et donc, si pour saisir l’idée la plus élémentaire du communisme, nous devions oublier toutes les explosions romantiques de passion et imaginer la clarté d’un ordre minimaliste soutenu par une discipline douce librement imposée ? » [93].

La dictature et la terreur ne seraient que « discipline douce librement imposée » ; le bolchévique couteau entre les dents n’est plus qu’un débonnaire social-démocrate. Ce qui cloche dans cette invitation est l’oxymore « librement imposée » là où il faudrait écrire « librement consentie » ou « librement élaborée ». On sent l’incapacité de Žižek à faire confiance au peuple. Il sanctifie l’exclu et n’est pas en mesure de croire dans les capacités des gens ordinaires, nous tous [94]. Ceci peut expliquer qu’il soit fasciné par les caudillos catho-socialistes d’Amérique latine qui mettent en œuvre un socialisme local, décident à la place du peuple, pour son bien, au nom de Dieu, un Dieu leitmotiv, un Dieu ponctuation du discours [95].

Žižek comme tous les autres philosophes de culture marxiste est, aujourd’hui, obligé d’imaginer une société qui se démarque du communisme de Lénine ou de Staline. Quand on reconnaît, comme lui, que la théorie du dépérissement de l’État est une impasse qui conduit à l’État-parti, une ressource se trouve dans l’approche anarchiste de la société sans État. Alors que d’autres l’ont intelligemment voire abusivement utilisée [96], Žižek s’y refuse ce qui l’oblige à se rabattre sur une démocratie hybride que n’est ni la démocratie populaire communiste, ni une tentative, plus ou moins avancée de communisme [97].

« La seule solution que j’entrevois est celle d’un État soutenu par un mouvement populaire, par une mobilisation extraparlementaire » [98].

Dans cette solution qui, évidemment, n’a rien à voir avec le stalinisme dont est accusé son concepteur [99], la prise de pouvoir par ce qu’il nomme la gauche radicale se fait, de préférence, par la légalité électorale, une prise de pouvoir sous une autre forme n’étant pas exclue [100]. Il ne faut pas demander aux révolutionnaires, même légalistes, le maintien du système démocratique dont ils héritent puisqu’ils ont été élus pour le changer. Plus le changement sera fort et rapide plus, en face, la réaction sera vive, donc plus il sera nécessaire d’imposer la nouvelle dictature du prolétariat « où l’“excès totalitaireˮ du pouvoir est du côté de la “part des sans-partˮ et non de l’ordre social hiérarchique » [101]. L’excès totalitaire n’est que le rebours des méthodes des parlementaristes ; ainsi en changeant les règles électorales, ce qui était un tripatouillage devient une torsion de la représentation étatique en faveur des sans-parts. Žižek plus qu’imaginer un autre futur, décrit la réalité politique de la Bolivie et du Venezuela, démocraties intermédiaires qui reposent sur un rapport compliqué entre ceux qui exercent le pouvoir et le peuple :

« Même si Chávez respecte encore les règles électorales démocratiques, ce n’est pas là que se trouve le sens de son engagement fondamental et la source de sa légitimité, mais dans les relations privilégiées qu’il entretient avec les dépossédés des favelas. C’est cela, la “dictature du prolétariatˮ sous forme démocratique » [102]. « II prend les habitants “exclusˮ des favelas comme base puis il réorganise l’espace politique et les formes politiques d’organisation afin que celles-ci soient “adaptéesˮ aux exclus » [103].

Cette coopération s’appuie « directement sur les mouvements de mobilisation, en imposant de nouvelles formes d’auto-organisation locale, etc. pour garantir l’hégémonie de sa base » [104]. Žižek donne ainsi un support réel à son idée de « faire fonctionner l’État lui-même sur un mode non étatique ». Il tente aussi de donner une assise théorique marxiste aux expériences bolivienne et vénézuélienne, justifiant leurs actions, certes intéressantes, mais très éloigné d’un projet communiste que ni Hugo Chávez ni Evo Morales ne prétendent mener. On ne sait ce qui se passera, en Bolivie et au Venezuela, si les élections venaient à leur être défavorables. Žižek ne dit pas qu’il serait pour un coup de force révolutionnaire. Or, on voit que l’un, en Bolivie, s’enferre dans ses références indianistes et recule sous les pressions économiques et sociales [105], surtout, que le successeur de l’autre, Nicolás Maduro, au Venezuela, peine de plus en plus à poursuivre la construction du socialisme XXIe siècle [106].

Si l’on a pu dire qu’Alain Badiou est plus communiste que marxiste [107], Žižek est plus léniniste que communiste. Au moins s’agissant de la méthode car son projet s’écarte du but de Lénine pour aller vers une démocratie radicale où s’exercent des luttes hégémoniques entre le pouvoir et les mouvements sociaux [108]. Au fond, a-t-il beaucoup changé depuis 1990, année où il se présentait à l’élection présidentielle pour le parti de la Démocratie libérale slovène ?



Texte libre de droits avec mention de l’auteur : Pierre Bance, et de la source : Autre futur.net, espace d’échanges pour un syndicalisme de base, de lutte, autogestionnaire, anarcho-syndicaliste, syndicaliste révolutionnaire (www.autrefutur.net).




[1Slavoj Žižek est né en 1949 à Ljubljana en Slovénie. Docteur en philosophie de l’Université de Ljubljana, il étudie la psychanalyse à l’Université de Paris VIII (Vincennes). Contestant le « socialisme réel » de la Yougoslavie de Tito, un poste à l’Université de Ljubljana lui sera refusé en 1975. En 1989, il se fait connaître de l’intelligentsia internationale avec la parution en anglais de son premier livre : The Sublime Object of Ideology. Juste avant l’indépendance de la Slovénie, il se présente, en 1990, à l’élection présidentielle pour le parti de la Démocratie libérale slovène ; sans succès. Par la suite, il renoue avec le marxisme et se déclare communiste. Directeur de recherche à l’Institut de sociologie de l’Université de Ljubljana, provocateur et énigmatique, ce personnage de la pensée critique est apprécié des grandes universités américaines (Columbia, Princeton, etc.) et des médias.
Sur Žižek philosophe, lire, sous la direction de Raoul Moati, Autour de Slavoj Žižek. Psychanalyse, marxisme, idéalisme allemand, Paris, Presses universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 2010, 224 pages.

[2La formule « Le philosophe le plus dangereux d’Occident » vient en bandeau du livre de Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce ! Ou comment l’histoire se répète, postcité note (3). Elle est tirée d’un article d’Adam Kirsch, « Žižek, le bouffon sinistre », paru dans le bimensuel américain de centre-gauche The New Republic du 3 décembre 2008 (www.tnr.com). Ce texte, ainsi que la réponse de Žižek et la réplique de Kirsch, traduits par Jean-Marc Mandosio, sont publiés dans la revue L’autre côté, n° 1, « La French Theory et ses avatars », été 2009, 82 pages (revuelautrecote@gmail.com), pages 68 et suivantes.
L’opération commerciale de Flammarion, à laquelle apparemment Žižek ne s’est pas opposé, est une manifestation criarde de la récupération marchande. En quoi Žižek serait-il plus dangereux que les autres philosophes de la gauche radicale ? Surtout, il y a de la part de l’éditeur une véritable tromperie. Kirch précise que « dans sa vie comme dans ses écrits, Žižek aboie mais ne mort pas » (page 70). S’il affirme que Žižek est dangereux, ce n’est pas en tant que révolutionnaire mais parce qu’il considère que ses écrits « plongent [leurs] racines vénéneuses dans la tradition de l’antisémitisme théologique et philosophique » (page 78) et parce que Žižek « se révèle incontestablement comme une sorte de fasciste » (page 73). Autant dire que Kirsch ne comprend rien à ce qu’il lit ou qu’il est de mauvaise foi car, même si Žižek est parfois obscure ou contradictoire, il n’est ni antisémite ni fasciste.
Quelques jours avant l’article de The New Republic, Damian Da Costa, dans le New York Observer du 1er octobre 2008, écrivait un article, « Le rêve de gauche », dans lequel Žižek était qualifié de radical (anticapitaliste) « proto-fasciste à l’antisémitisme balbutiant » (http://observer.com/2008/10/le-rve-gauche/). Voir la réaction de Žižek et sa conclusion dans Vivre la fin des temps : « selon ce point de vue, toute position anticapitaliste aujourd’hui témoigne d’un antisémitisme balbutiant » (postcité note 3, page 277). Il élargira le propos – et la dénonciation – en 2011 : « Pour [Bernard-Henry] Lévy et ses partisans, l’anticapitalisme d’aujourd’hui est une forme d’antisémitisme » (Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, postcité note 3, page 339).

[3Après la tragédie, la farce ! Ou comment l’histoire se répète est le livre à lire pour avoir la meilleure idée de la pensée politique de Slavoj Žižek. Ce livre est paru en anglais en 2009, traduit par Daniel Bismuth, Paris, Flammarion, « Bibliothèque des savoirs », 2010, 244 pages ; disponible dans la collection « Champs essais », 2011, 242 pages.
Deux autres livres, plus philosophiques, entourent Après la tragédie, la farce ! :
– Pour défendre les causes perdues, paru en anglais en 2008, traduit par Daniel Bismuth, Paris, Flammarion, « Bibliothèque des savoirs », 2012, 376 pages ; pour l’édition française, le texte original a été abrégé par Žižek qui l’a complété d’un supplément de 2011 de 50 pages ;
–Vivre la fin des temps, paru en anglais en 2010, traduit par Daniel Bismuth et autres, Paris, Flammarion, « Bibliothèque des savoirs », 2011, 578 pages.
Pour un dernier état du positionnement politique de Žižek en quelques pages se reporter à son entretien avec Nicolas Dutent parue dans le quotidien L’Humanité du 26 juillet 2013, dans le cadre du débat « Penser un monde nouveau » ; intitulé « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini », ce texte a été publié avec quarante-neuf autres contributions de l’année 2013, sous le titre À vos souhaits. Penser un monde nouveau, Saint-Denis, Éditions de L’Humanité, 2013, 224 pages (Žižek, page 44).

[4De Slavoj Žižek est paru, en 2014, Mes Blagues, ma philosophie, édité par Audun Mortensen, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Paris, Presses universitaires de France, 2014, 190 pages. Il s’agit d’une compilation des blagues qui émaillent ses écrits. En postface, Momus (Nick Currie) écrit, page 182 : « Autoriser Žižek à réduire les situations complexes pour les identifier à des blagues présente des avantages pour le lecteur ».

[5Bruno Bosteels, Alain Badiou, une trajectoire polémique, Paris, La Fabrique éditions, 2009, 218 pages, citation page 204.
Žižek n’est pas dupe et préfère lui-même prévenir le lecteur des doubles sens de ses écrits. Voir, par exemple, les derniers paragraphes de l’introduction, pages 14 et 15 de Pour défendre les causes perdues, précité note (3). Selon, on peut dire que Žižek est un intellectuel « piégeux » qui ne respecte pas son lectorat ou, au contraire, que le piège profite au lecteur averti qui sait reconstruire le raisonnement ?

[6Sur ces auteurs voir sur ce site les études de Pierre Bance (http://www.autrefutur.net/_Pierre-Bance_).

[7La démocratie radicale d’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe renonce au « mythe du communisme », la communauté transparente, réconciliée et sans État, sans pour autant résoudre le statut constitutionnel de ce dernier. Elle s’identifie à une société des mouvements où les antagonismes permettent de détruire l’hégémonie existante pour construire un nouvel ordre fondé sur le principe d’égalité (Voir sur ce site, Pierre Bance, « La démocratie radicale de Laclau et Mouffe », 26 juin 2012, http://www.autrefutur.net/La-democratie-radicale-de-Laclau).

[8« Je suis le premier à reconnaître que je n’ai pas un projet positif élaboré en détails » mais « on sera forcé d’inventer un nouveau mode de collectivité », Libération.fr, « Chat », 26 juin 2008.

[9Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 15 ; voir aussi pages 136 et suivantes.
Également : « Il ne s’agit pas de réhabiliter le communisme du 20e siècle, il s’agit de recommencer au degré zéro, de repenser tout, à nouveau », Libération.fr, « Chat », 26 juin 2008.

[10Slavoj Žižek, « Finance débridée : un projet d’accord menace notre liberté », traduit de l’anglais par Juliette Kopecka, Le Monde.fr, 27 juillet 2014.

[11Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 100.
Voir aussi, Slavoj Žižek, « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini » dans le recueil À vos souhaits. Penser un monde nouveau, précité note (3), page 47.

[12Slavoj Žižek, « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini » dans le recueil À vos souhaits. Penser un monde nouveau, précité note (3), pages 44 et 47.

[13Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 491.

[14Slavoj Žižek, « Nous allons devoir redevenir utopiques », entretien avec Éric Aeschimann, Libération, 16 février 2008.
Ce à quoi Antonio Negri répond : « On a parfois l’impression qu’il est plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme. Je ne crois pas que cela soit vrai » (Entretien avec Steffen Vogel, « Retour sur les “années de plombˮ », La Revue internationale des livres et des idées, n° 5, mai-juin 2008, page 23).

[15Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 194 ; le mot « forme » est souligné par Žižek.

[16Allusion au « débarquement » au Forum social mondial de Dakar de Martine Aubry, alors secrétaire générale du Parti socialiste, en campagne pour la candidature socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Les congressistes n’ont rien fait pour la rejeter à la mer, l’altermondialiste, à l’agonie, signait sa fin. Sur cette mascarade, Libération, 8 février 2011 ; Le Monde, 10 février 2011 ; et pour se distraire, le site du Parti socialiste (http://www.parti-socialiste.fr/dossier/forum-social-mondial-2011-a-dakar).

[17Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note (3), page 360.

[18Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 91

[19Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 83. Žižek fait référence au livre publié en 1999 par Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel esprit du capitalisme (Paris, Gallimard, « Tel », 2011, 980 pages).
Pour un panorama des idées libertariennes lire Sébastien Caré, La Pensée libertarienne. Genèse, fondements et horizons d’une utopie libérale, Paris, Presses universitaires de France, « Fondements de la politique », 2009, 352 pages ; du même auteur, Les Libertariens aux États-Unis. Sociologie d’un mouvement asocial, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Res publica », 2010, 312 pages.

[20Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 224.
Žižek utilise souvent le mot « libertarien » là où « libertaire » paraîtrait plus approprié. En préalable, notons que Žižek, à la différence de Badiou et Rancière notamment, est « très critique à l’égard de Mai 68. J’y ai participé, oui, dit-il, mais je ne l’ai pas aimé. Pour moi, ça a été un spectacle » (Entretien avec Jean Birnbaum, Le Monde, 7 avril 2006). Pour cela, dans une première interprétation, on peut penser que Zizek entretient l’ambiguïté sur les mots « libertaire » et « libertarien » pour dévaloriser la pensée anarchiste par exemple dans une formule comme : « Un attachement libertarien implicite pour la liberté individuelle et la créativité » (Vivre la fin des temps, précité note 3, page 490). Une deuxième interprétation est possible ; Žižek considérerait que l’individualisme, le multiculturalisme post-soixante-huit, ne sont pas libertaires mais bien libertariens en ce sens qu’ils promeuvent une liberté individuelle égoïste, sans remettre en cause le système, mieux qu’ils en renforcent la constitution et la légitimité. Mais là, c’est le mot « libertarien » qui est inapproprié puisque les libertariens préconisent certes la plus grande liberté individuelle mais dans une société où l’État est « remplacé » par le libre marché. Un bon exemple des méandres de l’écriture de Žižek

[21Dans la mesure où il sera plus efficace que le capitalisme libéral, Slavoj Žižek se demande si, à défaut de communisme, l’avenir ne serait pas le capitalisme asiatique, association d’une dictature politique à la chinoise et du capitalisme boursier, qu’on pourrait aussi appeler capitalisme totalitaire ; ceci pourrait expliquer que les bonnes âmes qui s’inquiètent de l’absence des droits de l’homme en Chine, s’inquiètent plus encore de la menace que fait peser ce pays sur la suprématie économique occidentale (Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine », traduit de l’anglais par Joëlle Marelli, dans le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, Paris, La Fabrique éditions, 2009, 152 pages ; étude de Žižek page 123, sur le capitalisme asiatique, pages 126 et suivantes). Des passages de ce texte sont empruntés au livre Pour la défense des causes perdues, précité note (3), paru en 2008 en anglais.

[22Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 11.

[23Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 11.

[24« Marx a omis d’envisager la possibilité de la privatisation de l’“intellect généralˮ lui-même – or, c’est là que se constitue le noyau de la pomme de discorde sur la “propriété intellectuelleˮ. Negri a raison à cet égard : dans ce cadre, l’exploitation au sens marxiste classique du terme n’est plus possible, aussi s’exerce-t-elle de plus en plus au moyen de mesures juridiques directes, c’est-à-dire par des voies non économiques » (Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note 3, page 224 ; « la privatisation de l’“intellect généralˮ lui-même » est souligné par Žižek).
Le « general Intellect » peut être compris comme la connaissance ou l’intelligence collective d’une société à une période historique donnée. Par exemple, le capitaliste s’approprie le savoir d’une population indienne en matière de plantes médicinales.

[25Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 142 et suivantes.
Voir le paragraphe B du présent chapitre sur Hardt et Negri.

[26Slavoj Žižek, « Le léninisme aujourd’hui, comment commencer par le commencement », traduit de l’anglais par Thierry Labica, Contretemps, n° 2, 2e trimestre 2009, page 141.
Voir aussi, la même idée de Žižek dans « La véritable leçon à tirer de Mai 68. Face aux échecs matériels et humains du capitalisme global depuis quarante ans, le communisme n’est pas caduc. Au contraire », traduit de l’anglais par Gilles Berton, Le Monde, 3 juin 2008 ou dans Après la tragédie, la farce !, précité note (3), pages 148 et 153.

[27Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 195.

[28Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 195 ; « justice égalitaire », « terreur », « volontarisme » et « confiance dans le peuple » sont soulignés par Žižek.
Voir aussi, Slavoj Žižek, « Pas de solution dans le marché », entretien réalisé par Laurent Etre et Rosa Moussaoui, L’Humanité, 26 janvier 2010.

[29Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 137.

[30Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 227

[31Slavoj Žižek, entretien dans L’Humanité du 26 janvier 2010, précité note (28).

[32Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 228.
Žižek n’aborde pas frontalement la question du sous-prolétariat, cette frange extrême de la dépolitisation et de la désocialisation, ce qui pose un réel problème théorique. La population pauvre des banlieues, même désocialisée, n’a rien à voir les gangs que Žižek place dans les exclus ; elle n’est pas le sous-prolétariat et devrait constituer une force vive du prolétariat, ce qui n’est pas le cas et, dit Žižek, « c’est ça la tragédie » (Entretien dans Libération du 16 février 2008, précité note 14).
Pour une définition du Lumpenproletariat chez Marx ou Lénine et une approche moderne du concept de sous-prolétariat, voir Georges Labica, « Lumpenproletariat » in Dictionnaire critique du marxisme sous la direction de Georges Labica, Paris, Presses universitaires de France, « Grands dictionnaires », 1982, 942 pages. Disponible dans la collection « Quadrige » des Presses universitaires de France, 3e édition, 2001, 1264 pages

[33Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 228.

[34Á l’occasion, Slavoj Žižek préfère la formule plus « psy » des indiens Hopis : « Nous sommes ceux que nous attendions ».

[35Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 138.
Voir également Contretemps, n° 2, 2e trimestre 2009, précité note (26), page 139

[36Slavoj Žižek, « Lutte des classes à Wall Street », tribune traduit de l’anglais par Christine Vivier, Le Monde, 10 octobre 2008.
Voir aussi, Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 31

[37Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 73

[38Slavoj Žižek, « Vive la “culture dominante », tribune traduit de l’anglais par François Théron, Libération, 2 décembre 2010. On retrouve l’idée de fronts secondaires de certains marxistes.
Michael Hardt et Antonio Negri jugent que « Žižek à tort de penser que les luttes des classe diffèrent des luttes anti-racistes et anti sexistes […] Žižek ne parvient pas à identifier les formes révolutionnaires des politiques de genre et de classe » (Commonwealth, traduit de l’anglais [États-Unis] par Elsa Boyer, Paris, Stock, 2012, 508 pages, citation page 443)

[39En France, dans les années 1980-1990, l’organisation SOS Racisme, téléguidée par le Parti socialiste, par son antiracisme sectaire, manipulatoire, extraverti, exubérant, sans parler des turpitudes politiques et économiques de ses dirigeants, a contribué à alimenter le ressentiment des « petits blancs » qui s’est retrouvé dans les urnes en 2002, avec un Le Pen en deuxième position de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, politiquement en sommeil, cette association se consacre à la défense juridique des infractions aux lois antiracistes

[40« L’État libéral-démocratique contemporain et la politique anarchique “infiniment exigeante” s’engagent ainsi dans un rapport de parasitisme mutuel : l’État projette son autoconscience éthique dans l’activité éthico-politique extra-étatique, laquelle projette son exigence d’efficacité sur l’État – les agents anarchiques accomplissent le travail de réflexion éthique pour l’État, lequel se charge de diriger et de réguler effectivement la société » (Slavoj Žižek, Pour défende les causes perdues, précité note 3, page 184).

[41« Aujourd’hui, tous ces mouvements en faveur des droits des gays, des humains, etc., s’appuient sur des appareils d’État qui non seulement réceptionnent leur exigences mais procurent aussi un cadre favorable à leur activité (une vie civile stable) » (Slavoj Žižek, Pour défende les causes perdues, précité note 3, page 209).

[42Slavoj Žižek, entretien dans Le Monde du 7 avril 2006, précité note (20).
Sur la critique zizékienne du multiculturalisme, lire pages 178 et suivantes, « La politique de la résistance » de Pour défendre les causes perdues, précité note (3) ; pages 75 et suivantes, « Multiculturalisme, la réalité d’une illusion » dans Vivre la fin des temps, précité note (3).
Sur la question spécifique du multiculturalisme résultant de l’immigration en Europe et de son échec, Žižek propose l’idée d’une Leitkulture « positive et émancipatrice », culture de référence commune qui permet de dépasser le simple respect pour autrui : « Ne respectons pas simplement les autres, offrons-leur un combat commun, puisque nos problèmes, aujourd’hui, sont communs » ; on remarquera le « offrons-leur » plutôt que le « offrons-nous » ; comme les intellectuels doivent guider le combat anticapitaliste, les européens chrétiens doivent proposer une Leitkulture aux immigrés (Slavoj Žižek, « L’Union européenne doit forger sa culture commune », traduit de l’anglais par Frédéric Joly, Le Monde, 26 février 2011 ; voir aussi, sa tribune dans Libération du 2 décembre 2010, précité note 38). Leitkulture, culture de référence, renvoie à un débat en Allemagne sur la politique à l’égard des immigrés : doit-elle être orientée vers la culture dominante, celle des Allemands ? (Lire la tribune de Béatrice Durand, « En Allemagne, un mot d’ordre bien plus qu’une politique. L’idée de la nécessité d’un culture de référence l’emporte », Le Monde, 26 février 2011)

[43Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, [Fécamp], Nouvelles éditions Lignes, « Circonstances, 4 », 2007, 158 pages, citation page 153 ; « un nouveau mode de l’existence de l’hypothèse [communiste] » est souligné par Badiou ; Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 137

[44Slavoj Žižek, tribune dans Le Monde du 3 juin 2008, précitée note (26)

[45Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 144

[46Žižek parle d’une tétrade : peuple, mouvement, parti et dirigeant (Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note 3, page 354).

[47Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 18

[48Slavoj Žižek, « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini » dans le recueil À vos souhaits. Penser un monde nouveau, précité note (3), page 46

[49Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 6.
Un raisonnement qui évoque l’apostrophe de Jacques Lacan à des étudiants de l’Université de Vincennes : « Ce à quoi vous aspirez comme révolutionnaires, c’est à un maître. Vous l’aurez » (Jacques Lacan, Le Séminaire. L’Envers de la psychanalyse 1969-1970, Tome 17, sous la direction de Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, « Champ Freudien », 1991, 256 pages, citation page 239).

[50Aporie : difficulté d’ordre rationnel paraissant sans issue

[51Slavoj Žižek, Pour défende les causes perdues, précité note(3), page 299 ; « loin d’être […] nos pouvoirs » est souligné par Žižek.

[52Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note (3), page 353.

[53Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note (3), page 354.
Voir aussi, page 356, ce rapprochement dont seuls les psychanalystes sont capables : « Le Parti doit intervenir du dehors afin de sortir la classe ouvrière du spontanéisme complaisant » comme le psychanalyste « vient donner corps à l’objet cause de désir du sujet »

[54Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 219 ; « ne s’autorise que de lui-même » est souligné par Žižek.

[55Slavoj Žižek, entretien dans L’Humanité du 26 janvier 2010, précité note (28).

[56Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note (3), pages 359 et suivantes.
On retrouve cette idée chez Alain Badiou, aux pages 196 et suivantes de L’Hypothèse communiste, ([Fécamp], Nouvelles éditions Lignes, « Circonstances, 5 », 2009, 208 pages), texte repris pages 18 et suivantes de son intervention sur « L’Idée du communisme » à la conférence de Londres de 2009 (L’Idée du communisme, [Fécamp], Nouvelles éditions Lignes, 2010, 352 pages)

[57Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 495. Pour illustrer son propos, Žižek s’appuie sur une nouvelle de Franz Kafka, Joséphine la cantatrice, ou le Peuple des souris. Passage repris, avec une traduction légèrement modifiée, de son intervention à la conférence de Londres de 2009, « Remarques pour une définition de la culture communiste », L’Idée du communisme, précitée note (56), page 315

[58Il faut citer là Žižek en version originale : « Loin de signaler la corruption d’un processus révolutionnaire, la célébration du nom propre du dirigeant est immanente à ce processus. Disons-le rondement : sans le rôle mobilisateur d’un nom propre, le mouvement politique reste captif de l’ordre de l’Être positif tel que l’expriment les catégories conceptuelles – c’est seulement par l’intervention d’un nom propre que s’ouvre la dimension de l’“exigence d’impossible”, là où changent les contours même de ce qui paraît possible » (Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, supplément 2011, précité note 3, pages 360).

[59S’il avait donné des exemples, il se serait-il trouvé, compte tenu de ses références historiques, en contradiction avec cette affirmation d’anarchisme pur dont il n’est pas coutumier : « La seule manière de se débarrasser de nos maîtres, ce n’est pas pour l’humanité de devenir un maître collectif de la nature mais de reconnaître pleinement l’imposture de l’idée même de maître » (Vivre la fin des temps, précité note 3, page 331). Encore que Žižek ne craigne pas de se contredire, ce qu’il interprète comme une rectification.

[60L’Hypothèse communiste, précité note (56), page 197 ; L’Idée du communisme, précité note (56), page 20.

[61Michael Hardt et Antonio Negri soulignent « le rôle fondamental de Buenaventura Durruti, le grand dirigeant anarchiste catalan, dans la transformation sociale de l’insurrection » (Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire [The Penguin Press, 2004 ; La Découverte, 2004], traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Guilhot, Paris, 10/18, « Fait et cause », 2006, 407 pages, citation page 98)

[62Slavoj Žižek, entretien dans Le Monde du 7 avril 2006, précité note (20).

[63Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 136

[64Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 255. Voir aussi page 237

[65Slavoj Žižek, entretien dans Libération du 16 février 2008, précité note (14)

[66« Pour combattre la violence qui est déjà là, on n’a pas le droit de nous interdire de répondre aussi par la violence », Slavoj Žižek, Libération.fr, « Chat », 26 juin 2008

[67Slavoj Žižek, « Remarques pour une définition de la culture communiste », intervention lors de la conférence de Londres de 2009, L’Idée du communisme, précité note (51), page 343. Phrase reprise avec une traduction légèrement modifiée dans Vivre la fin des temps, précité note (3), page 521

[68Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 6

[69Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), pages 171 et suivantes

[70Sur Antonio Negri et Michael Hardt voir sur ce site, Pierre Bance, « Antonio Negri et Michael Hardt, les mécanos de la sociale », 1er mars 2013 (http://www.autrefutur.net/Antonio-Negri-et-Michael-Hardt-les)

[71Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 208. Dans cette citation, le mot « multitude » peut être remplacé par « peuple », « travailleurs », « gens » et les mots « démocratie absolue » par « fédéralisme », « autogestion », « république des conseils », « anarchie », etc.

[72Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 202

[73Ce que fait le philosophe trotskiste anglais Alex Callinicos : « L’idée selon laquelle l’origine du “manque de fidélité à l’événement révolutionnaireˮ chez Staline tiendrait au fait que ce dernier aurait été un communiste conseilliste contrarié, est trop grotesque pour être prise au sérieux » (Contretemps, n° 4, « De quoi le communisme est-il le nom ? », 4e trimestre 2009, « Sur l’hypothèse communiste, page 31).

[74Certainement Žižek est-il influencé par son passé yougoslave, Tito ayant mis en place une forme d’autogestion édulcorée comme support d’un régime socialiste totalitaire.

[75Dans une abondante bibliographie sur la Guerre d’Espagne voir, spécialement sur cette question, César M. Lorenzo, Le Mouvement anarchiste en Espagne. Pouvoir et révolution sociale, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 2e édition revue et augmentée, 2006, 560 pages

[76Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 202

[77L’axiome est réversible. Si Slavoj Žižek ne propose rien de « concrétisable » pour constituer son « parti renforcé », pour se saisir de la fenêtre favorable à la révolution, pour remplacer l’État capitaliste, etc., c’est peut-être parce que c’est lui qui, en politique, n’a pas les idées claires

[78Slavoj Žižek, Le Sujet qui fâche. Le centre abstent de l’ontologie politique, traduction de l’anglais de Stathis Kouvélakis, Paris, Flammarion, « Documents et essais », 2007, 382 pages, notamment page 316.
Hakim Bey, TAZ. Zone autonome temporaire [1991], Traduit de l’anglais par Christine Tréguier, Paris, Édition de l’Éclat, « Premiers secours », dernière édition 2011, 96 pages. Hakim Bey prône un anarchisme individualiste dans lequel se retrouvent les milieux alternatifs et de la contre-culture. Sont publiés en 2011, cinq textes d’Hakim Bey traduits de l’anglais et annotés par Sandra Guigonis, sous le titre : Zone interdite, Paris, L’Herne, « Carnets anticapitalistes », 88 pages. « Comment finira le capitalisme ? Il ne sera probablement pas renversé par une révolution, mais son système mondial de création de richesses et de valeurs va lentement se déchirer, abandonnant des régions et des populations entières à elles-mêmes – ce processus est d’ailleurs entamé » (page 7 de la présentation d’Alexandre Lacroix)

[79Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 202

[80Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 37

[81A propos de ce questionnement, voir les considérations de Slavoj Žižek à partir des travaux d’Alain Babiou sur « la Grande Révolution culturelle prolétarienne ». Celle-ci ne s’est pas contentée de conquérir le pouvoir, elle s’est aussi attachée à réorganiser la vie quotidienne sous un nouvel angle économique mais elle a failli par manque de radicalité : « elle demeura un excès carnavalesque, encadré par un appareil d’État (sous la houlette de Zhon Enlai) qui garantissait la continuation de la vie quotidienne et la poursuite de la production » (Pour défendre les causes perdues, précité note 3, page 216)

[82Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 203. On retrouve la même phrase dans « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 144.
Vladimir Lénine, L’État et la révolution (1917-1918), Introduction de Laurent Lévy, Paris, La Fabrique éditions, 2012, 232 pages

[83Slavoj Žižek, entretien dans Le Monde du 7 avril 2006, précité note (20).
Dans la suite de cette idée, une phrase laissera plus d’un révolutionnaire perplexe : dès qu’ils ont pris le pouvoir, les révolutionnaires doivent « resserrer leur prise, édifier des appareils de répression, etc., de sorte qu’une fois la période de confusion passée, quand la majorité retrouvant ses esprits se montre déçue par le nouveau régime, la révolution est bien en place » (Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note 21, page 137).

[84Dans Multitude, Michael Hardt et Antonio Negri écrivent : « Dans l’ouvrage provocateur de Slavoj Žižek, Repeating Lenin (Arkzin, Zagreb, 2001), on ne saisit pas très bien s’il défend, comme nous, la reprise des objectifs démocratiques du projet léniniste sans le rôle dirigeant du parti bolchévique, ou si au contraire il défend précisément cette forme élitiste de direction politique » (Multitude, précité note 61, page 399, note 1). Alors si Hardt et Negri, rompus au raisonnement philosophique, experts de la dialectique marxiste, ne saisissent pas très bien…

[85Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, précité note (3), pages 250 et suivantes, « Les leçons de la révolution culturelle ».

[86Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 201

[87Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 144.
Étant rappelé que « se priver d’État peut laisser place aux pires dérives » et ajoute Žižek, sans convaincre, qu’« aux États-Unis, c’est l’État qui défend quelques libertés fondamentales contre les pressions locales ou civiles néoconservatrices » (Slavoj Žižek, « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini » dans le recueil À vos souhaits. Penser un monde nouveau, précité note 3, page 44).

[88Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note (3), page 527

[89Slavoj Žižek, Il Manifesto, 12 maggio 2009 (www.ilmanifesto.it). Sûrement faut-il voir ici une réponse à la question que se posaient Michael Hardt et Antonio Negri dans Multitude sur la nature du projet politique de Žižek (Voir note 84, ci-dessus). Hart et Negri qui, la même année 2009, écrivaient dans Commonwealth : « La critique de la multitude par Badiou est en effet une extension et une généralisation de celle de Žižek : tandis que Žižek, pointant l’erreur de Marx, accuse la multitude d’imiter et de soutenir la domination du capital sous couvert de la contester, Badiou se réfère à Foucault et affirme que la multitude, comme d’autres projets de résistance participe en fait de la progression du pouvoir […]. Afin de réponde à ces questions, il faut montrer que la multitude n’est pas un sujet politique spontané mais un projet d’organisation politique, c’est-à-dire déplacer le débat de la question de l’être de la multitude à celle du faire multitude » (Commonwealth, précité note 38, page 231 ; les mots « être » et « faire-multitude » sont soulignés par Hardt et Negri)

[90Pour se dissuader d’utiliser le mot « terreur », surtout en faisant référence à la Révolution française, Žižek devrait lire le Père Duchêne. Pendant la Commune de Paris, on parla, comme lui, de terreur en référence à la Terreur de 1793, ce à quoi le Père Duchêne répond : « Folies ! Bêtises ! Mannequins avec lesquels on effraie le petit commerce et la bourgeoisie ». Et il rappelle les causes historiques de la Terreur et sa justification : « Oui, sachez le bien, si en 93 on a guillotiné les nobles et les prêtres, ce n’est pas parce qu’ils étaient nobles ou prêtres, mais simplement parce que, comme des jean-foutres, de vrais Judas qu’ils étaient, ils trahissaient la patrie et voulaient introduire l’étranger en France, sur le territoire de la Nation, pour rétablir leurs privilèges et tuer la Révolution » (Le Père Duchêne, n° 6, 20 ventôse an 79 [20 mars 1871], page 5)

[91Slavoj Žižek, entretien dans L’Humanité du 26 janvier 2010, précité note (28)

[92À côté de la bonne terreur, suite souhaitable à la prise du pouvoir, il peut y en avoir une mauvaise, expression de « l’échec peut-être le plus authentique mais aussi le plus terrifiant : bien conscient que cette pérennisation de la révolution sous la forme étatique va inéluctablement déboucher sur sa trahison, mais incapable d’inventer ou d’imposer un nouvel ordre social, le mouvement révolutionnaire s’engage dans une stratégie désespérée de protection de sa propre pureté par le biais “ultragauchiste” d’une terreur destructrice » (Slavoj Žižek, Vivre la fin des temps, précité note 3, page 255).

[93Slavoj Žižek, « Remarques pour une définition de la culture communiste » in L’Idée du communisme, précité note (56), page 332. « Une noble forme de discipline librement imposée » dans la version de Vivre la fin des temps, précité note (3), page 510

[94On trouve ici un positionnement fréquent chez les chrétiens. Razmig Keucheyan écrit : « Chez Žižek, l’invocation de la religion n’a pas tant pour fonction, comme chez Badiou et Negri, de constituer une ressource en vue de la reconstruction d’un projet d’émancipation que de défendre le christianisme pour lui-même, en tant qu’il participe de l’histoire de l’émancipation » (Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, La Découverte, « Zones », 2010, 318 pages, citation page 37).

[95Slavoj Žižek explique : « Je crois que la mort du Christ sur la croix signifie la mort de Dieu, et qu’il n’est plus le Grand Autre qui tire les ficelles. La seule façon d’être croyant, après la mort du Christ, est de participer à des liens collectifs égalitaires. Le christianisme peut être entendu comme une religion d’accompagnement de l’ordre existant ou une religion qui dit “nonˮ et aider à y résister. Je crois que le christianisme et le marxisme doivent combattre ensemble le déferlement des nouvelles spiritualités ainsi que la grégarité capitaliste. Je défends une religion sans Dieu, un communisme sans maître » (Débat avec le philosophe Peter Sloterdijk dans Le Monde du 28 mai 2011 sous la direction de Nicolas Truong).

[96Une approche intelligente, par exemple celle de Michael Löwy et d’Olivier Besancenot dans Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires, Paris, Mille et une nuits, « Les Petits libres », n° 85, 2014, 216 pages). Une approche abusive, celle de John Holloway dans son fameux ouvrage Changer le monde sans prendre le pouvoir. Le sens de la révolution aujourd’hui (traduit de l’édition espagnole [Mexique] par Sylvie Bosserelle, coédition Syllepse [Paris] et Lux [Montréal], 2007, 320 pages)

[97Jamais Žižek ne rappelle, dans ses dires et ses écrits, que le communisme de Marx, comme celui des anarchistes, est une société sans État. Si l’impasse est grossière, c’est parce qu’il n’y croit pas.

[98Slavoj Žižek, entretien dans L’Humanité du 26 janvier 2010, précité note (28)

[99Pour s’en convaincre, lire « La contre-révolution culturelle stalinienne » dans Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 99

[100« Les choix électoraux sont régulièrement manipulés de diverses manières, mais il peut arriver que nous puissions faire des choix démocratiques véritables. Je ne suis donc pas a priori contre cette idée » (Slavoj Žižek, « Le mariage éternel entre capitalisme et démocratie est fini » dans le recueil À vos souhaits. Penser un monde nouveau, précité note 3, page 47).
Žižek ne craint pas d’associer une mobilisation extraparlementaire à une issue électorale tout en connaissant le risque d’un retour de bâton, tel le triomphe électorale et la récupération politique de la droite après Mai 1968 (Voir par exemple page 487 de Vivre la fin des temps, précité note 3)

[101Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 146. Phrase reprise de Pour défendre les causes perdues, précité note (3), page 221, dans une version légèrement différente

[102Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 147. Étant précisé que Žižek modère, au préalable, la valeur de l’exemple : « On peut soutenir que Chávez et Morales s’approchent de ce qui pourrait être une forme contemporaine de “dictature du prolétariat” » (page 146). Phrase reprise de Pour défendre les causes perdues, précité note (3), pages 222, dans une version légèrement différente

[103Slavoj Žižek, Après la tragédie, la farce !, précité note (3), page 160 ; le mot « base » est souligné par Žižek. Voir aussi son entretien dans Libération du 16 février 2008, précité note (14)

[104Slavoj Žižek, « De la démocratie à la violence divine » in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, précité note (21), page 148

[105Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Paris, Raison d’agir, 2008, 124 pages, notamment pages 95 et suivantes. Voir aussi, les contributions publiées dans la revue Alternatives Sud, volume 16-3, « La Bolivie d’Evo. Démocratique, indianiste et socialiste ? Points de vue du Sud », août 2009, 186 pages

[106Pour mieux comprendre ce que veut dire Žižek lire sur ce site, Pierre Bance, « Le socialisme bolivarien du XXIe siècle est-il une idée nouvelle ? », 30 avril 2014 (www.autrefutur.net/Le-socialisme-bolivarien-du-XXIe).

[107Bruno Bosteels, Alain Badiou, une trajectoire polémique, précité note (5), page 173.

[108Sur le concept de démocratie radicale, voir la note (7), en début d’article