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Révolution espagnole : un 76ème anniversaire "familial" à Toulouse

Lucie Heymé /3 août 2012   

Humeur


Le 23/07/2012, dans un article intitulé : "Les révolutionnaires espagnols se souviennent”, la dépèche.fr rapportait les célébrations du 76ème anniversaire de la révolution espagnole à Toulouse.

Trois cents enfants et petits enfants de révolutionnaires espagnols se sont retrouvés, pour célébrer le 76ème anniversaire de la révolution espagnole qui a éclaté le 19 juillet 1936, au lendemain du coup d’État de Franco contre la République.
Très attachés à l’esprit anarcho-syndicaliste qui fut le ferment des premières heures de cette révolution initiée par l’appel à la grève générale lancé par la CNT (confédération nationale du travail) et l’UGT (Union générale des travailleurs), les fils et filles des révolutionnaires de la première heure continuent aujourd’hui à défendre "le véritable contenu social de la République"
. [1]



L’usage sensationnel de la formule choc, chère à la presse, voudrait nous faire croire à l’existence d’un gène héréditaire de la révolution, inscrit dans l’ADN de certains, comme la couleur des yeux, l’hémophilie ou comme pour le "sang bleu" des dynasties royales, transmis de "droit divin"…

L’étude de l’histoire, comme de notre vécu familial, nous a maintes fois appris à nous méfier des apparences, fussent-elles "fraternelles" ou "révolutionnaires". À cet égard, mis à part la lecture de "Une résurgence anarchiste" de Tomas Ibanez & Salvador Gurucharri, qui témoigne de la création de groupes dans la CNT en exil pour intensifier la lutte contre l’État fasciste espagnol ainsi que du poids des dissensions, dans une même "famille", et des luttes internes pour le pouvoir comme pour le contrôle d’une organisation ayant une vocation à devenir "de masse" [2], sur une période différente, 1937, un autre document mérite une lecture attentive : "Ma guerre d’Espagne. Brigades internationales : la fin d’un mythe" [3].
Combattant dans la compagnie juive Botwin, Sygmunt Stein dénonce violemment la légende dorée collée aux « combattants volontaires qui ont convergé du monde entier vers l’Espagne républicaine pour combattre les rebelles nationalistes menés par Franco de 1936 à 1938 ». Des exécutions arbitraires du « boucher d’Albacete », André Marty, aux banquets orgiaques des commissaires politiques, en passant par les impostures de la propagande soviétique, le goût du luxe, du pouvoir et de l’uniforme qui s’empare même d’anarchistes ainsi que l’antisémitisme qui infecte les rangs des brigadistes, tout ce qu’il croyait combattre dans le fascisme, il le retrouve dans son propre camp.

Bref, 76 ans après, sans un nécessaire recul sur l’histoire, l’idée même d’associer, dans une même communion, les "héritiers" des combattants de la Colonne Durruti [4] et ceux de la direction du Mouvement libertaire en exil [5] n’a pas plus de crédibilité qu’un reportage sur le mariage d’une carpe et d’un lapin…


[3Ma guerre d’Espagne. Brigades internationales : la fin d’un mythe. (Der birger-krig in Sphpanioe. Zikroines fun a militsioner), de Sygmunt Stein, traduit du yiddish par Marina Alexeeva-Antipov, Seuil, 266 p., 19 €.

[4Célèbre colonne de combattants anarchistes formée au cours de la guerre d’Espagne. Menée par Buenaventura Durruti de la mi-36 jusqu’à sa mort le 20 novembre de la même année, cette colonne joue un rôle crucial dans le maintien de la République à Madrid face à la montée du fascisme.

[5Dont les "élites autoproclamées", issues de la CNT-FAI et progressivement transformées en dirigeants sans contrôle ni mandat à la faveur d’anciennes "circonstance", se caractérisèrent par des positions immobilistes, habillées de démagogie puriste, ainsi que par des petits "arrangements" personnels ou "familiaux".