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Décès d’Anthony Lorry

David. H /14 janvier 2014   

Culture


Pour toux ceux qui l’ont connut, la disparition brutale d’Anthony Lorry, décédé le 5 janvier dernier est une surprise et une déchirure.

Anthony fut tout à la fois un militant syndicaliste révolutionnaire et un chercheur reconnu et apprécié. D’ailleurs ces deux parcours s’entremêlent au cours de sa trop courte existence.
Ayant rejoint la CNT au milieu des années 1990, il s’illustrera surtout en contribuant avec d’autres camarades de l’époque (Jacques Toublet, Frank Mintz, Raphael Romnée...) au lancement en 1997 de la revue théorique de cette organisation syndicale, les Temps Maudits, revue à laquelle il participe jusqu’en 2004. Il y livre de nombreux comptes-rendus de lecture, retranscriptions d’entretien...
Il pourra pleinement satisfaire sa passion pour l’histoire du mouvement anarchiste et du syndicalisme révolutionnaire, au travers de son activité professionnelle. Devenu documentaliste au Musée Social (au sein duquel Colette Chambelland elle-même documentaliste l’avait introduit), peu après avoir soutenu en 1995 un mémoire de maitrise sous la direction de Jacques Girault intitulé "Recherche sur les anarchistes et les syndicats en banlieue Nord de Paris", Anthony pourra ainsi évolué dans une des plus importante institution d’histoire sociale disposant de fonds très importants sur l’histoire du syndicalisme de la coopération et de la Mutualité.
Dès lors avec l’énergie, la disponibilité et la gentillesse qui le caractérisait, il a su apporter à tous ceux qui effectuaient des recherches en histoire sociale une aide aussi experte qu’utile. De nombreux travaux lui sont tributaires.
C’est toujours au sein du Musée social qu’il a pu affiner et devenir le fin connaisseur de Fernand Pelloutier et de la CGT de la Belle Époque. Ses recherches lui permirent de bâtir à partir de 2004 un site internet "Pelloutier. net" (http://www.pelloutier.net/welcome/index.php) devenu une véritable référence pour qui veut se familiariser avec "l’inventeur" de la CGT. C’est également à ce titre qu’il collabora en 2008 au documentaire de Patrice Spadoni intitulé Fernand Pelloutier et les bourses du travail et à différentes initiatives universitaires, surtout autour du centenaire de la Charte d’Amiens de 1906.
Outre les synthèses qu’il avait élaboré pour mieux comprendre l’histoire du syndicalisme révolutionnaire dans différents pays, avait pour ambition de publier au sein de pelloutier.net, l’importante correspondance de Pelloutier, mais aussi de nombreux travaux et archives inédit. Il n’aura cependant pas eu la possibilité d’avancer plus avant, d’autant qu’il réalisait l’ensemble de ce travail seul et en dehors .
Il serait trop long d’énumérer ici les très nombreuses collaborations et projets auxquels Anthony a participé. Il mettait par exemple à profit ses connaissances informatiques pour aider des revues et sites aussi divers que la Société d’études jaurésiennes, La revue Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle ou Science sociale.org a disposer d’une existence sur internet.
Dernièrement, Anthony avait travaillé d’arrache pied sur un projet dont hélas il ne connaitra l’aboutissement : le Dictionnaire biographique du mouvement anarchiste, dans le cadre de la collection du Maitron, devant paraitre en avril 2014.
Le décès d’Anthony n’est pas simplement une perte pour le monde militant. C’est aussi une perte pour le milieu devenu trop étroit de l’histoire sociale dont il était un acteur à part entière.
A notre mesure, il faudra prolonger le travail qu’Anthony avait entamé en permettant au syndicalisme révolutionnaire d’être mieux connu par delà les clichés et les idées reçues. C’est sans doute le meilleur hommage que nous pourrions lui rendre.

Relire Anthony Lorry :

- “Anarchisme et syndicalisme avant 1914” in Regards sur le syndicalisme révolutionnaire : Victor, Émile, Georges, Fernand et les autres... : actes du colloque "La charte d’Amiens a 100 ans" tenu à Nérac, le 25 et 26 novembre 2006 / [organisé par les Amis du vieux Nérac] ; ouvrage publié sous la direction de Michel Pigenet et de Pierre Robin ; avec l’aide de Céline Piot et d’Anthony Lorry pour la partie iconographique, Narrosse : Éd. d’Albret , 2007, pp. 49-70

- De la résiolution à la “Charte”, 1908, l’invvention de la Charte d’Amiens (commentaires de deux textes de Louis Niel et de Victor Griffuelhes) in Le Syndicalisme révolutionnaire, la Charte d’Amiens et l’autonomie ouvrière / Volume préparé par Miguel Chueca, Paris : CNT-RP, 2009, pp. 231-246

- “Les monographies des "Ouvriers Européens" (1855 et 1877-79) et des "Ouvriers des deux mondes" (1857-1930) : inventaire et classification”, in Les Etudes sociales n° 131-132, 1er et 2e semestres 2000, pp. 93-181