Ce texte fait partie d’une recherche plus générale sur le changement d’époque en cours. Dans ce cadre, il est important de comprendre les énormes bouleversements qui se produisent aux États-unis et que l’on rapporte trop souvent à la seule personnalité de Trump. Ses multiples interventions militaires [1] témoignent d’une tentative de relancer un impérialisme en perte de vitesse et sa volonté d’abattre l’État de droit [2] s’est concrétisée, entre autres choses, par la signature de quarante-deux décrets en dix jours en suivant les indications du « Project 2025 » [3]. Mais ce qui est souvent négligé, parce que cela nous est totalement étranger, ce sont les tendances fondamentalistes qui travaillent l’ensemble du corps social étatsunien depuis des décennies car elles sont profondément éloignées de notre histoire, de notre culture, de nos conceptions laïques.
C’est pour rendre cette distance évidente que nous avons choisi d’utiliser tels quels les termes religieux qui sont entrés de longue date dans le langage courant aux États-unis, sans y mettre de guillemets. C’est également une invitation à se confronter à la radicale étrangeté d’un autre opium – différent de QAnon ou du Fentanyl – proposé par ces nouveaux prophètes. C’est aussi aborder la part délirante – au sens psychiatrique du terme – que charrie toute idéologie totalitaire, laquelle fait écho à celle de tout apprenti dictateur d’hier ou d’aujourd’hui.
Or, c’est toujours cette part délirante qui illumine l’inconscient des foules appareillées, qu’elle s’appelle « Reich de mille ans », « Ère du Millénium », (autre nom du Royaume du Christ sur Terre) ou encore « Make America Great Again » [4]. Et pour les plus démunis, cette indentification charrie la promesse d’une indulgence salvatrice et gratuite en temps de misère humaine galopante.
Les débuts de l’évangélisme aux États-unis
Les premiers à s’appeler « évangéliques » furent les luthériens pour se distinguer des calvinistes qui, eux, gardèrent le nom de Réformés, mais le terme évangélique s’est répandu à la suite des mouvements dits de « Grands Réveils [5] » dès le XVIIIe siècle au Royaume-uni, ses colonies et en Amérique du Nord.
Le mouvement évangélique se définit par quatre caractères : l’expérience centrale donnée à la conversion à l’âge adulte vécue comme une renaissance (reborn ou born again), le rapport personnel à la Bible comme seul fondement de la foi, la centralité de la crucifixion de Jésus et de ses effets salvateurs, le prosélytisme et l’action sociale. Mais ces caractéristiques rendent difficilement compte de la variété théologique, organisationnelle ou des formes communautaires englobées sous l’appellation d’évangélique qui compte de nombreuses déclinaisons dont le pentecôtisme et le charismatisme. Les charismatiques, eux, sont issus des « trois vagues de l’esprit » [6] au début du XXe siècle, dans les années 1960 et au début des années 1980.
L’association nationale des évangéliques, fondée en 1942 aux États-unis, représente dans le pays 45 000 églises issues d’une cinquantaine de confessions différentes qui se sont regroupées afin de combattre le libéralisme théologique des autres protestants et le pluralisme de mœurs en général [7]. L’évangélisme n’a pas d’autorité centrale comme le pape pour les catholiques, il repose sur une nébuleuse de pasteurs, de théologiens et « d’influenceurs ». Dans l’ambiance idéologique de la guerre froide et en défense de l’ordre établi, le prédicateur Billy Graham [8] avait inauguré les rassemblements spectaculaires dans de nombreux pays, ce qui ouvrira la voie aux megachurchs de plusieurs milliers de places puis aux télévangélistes, un phénomène social de première grandeur, y compris lors des campagnes électorales étatsuniennes, et ce dès le milieu des années 1970. Cela a pris ensuite une dimension économique telle qu’en 2007, six ministères charismatiques ont fait l’objet d’une enquête du Sénat étatsunien pour détournements de dons vers le financement des modes de vie extravagants des télévangélistes [9].
Ronald et Nancy Reagan saluant Billy Graham à la prière nationale du petit déjeuner, hôtel Hilton, 1981. Domaine public.
Le projet politique de la nouvelle réforme apostolique
Etant donné son type d’organisation très décentralisé, il est difficile de donner une date précise de création de la nouvelle réforme Apostolique (New Apostolic Reformation, NAR), mais en 1996, le théologien Peter Wagner, a organisé avec cinq cent dirigeants évangéliques une convention qui est généralement considérée comme un moment crucial de sa cristallisation. C’est un mouvement suprémaciste chrétien proche ou associé à l’extrême-droite qui vise l’avènement du royaume de dieu sur Terre. Il a puisé son inspiration auprès des pentecôtistes des débuts du XXe siècle puis des charismatiques [10] des années 1960 et gagne en audience aux États-unis et sur tous les continents depuis plusieurs décennies. Dans son réseau, les « apôtres » et « prophètes » [11] circulent d’une église et d’un pays à l’autre pour délivrer une conception intégrale du salut imprégnée d’une théologie de la mission. Le mouvement plaide pour une dérégulation des institutions théologiques et politiques qui doivent s’effacer en faveur de l’autorité visionnaire d’individus supposés directement élus par Dieu et cooptés par leurs pairs. Ce faisant, le mouvement bascule vers un modèle autocratique justifié par les révélations particulières que le Saint-Esprit accorderait à ces personnes. C’est dans ce milieu affranchi de toute instance de régulation – mais soumis aux figures d’autorité que sont les « apôtres » et les « prophètes » – que va se répandre la théologie du « dominion ».
La notion de dominion, renvoie à la fois à l’idée de « mandat », de « territoire » et à celle de « domination » énoncée par Dieu lors de la Création : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ». C’est la matrice de l’engagement de la NAR et de la droite chrétienne dans la vie politique étatsunienne : leur tâche consiste à devenir des activistes spirituels et sociaux jusqu’à ce que la domination de Satan prenne fin [12]. Mais à partir du moment où le politique est configuré par une théologie selon laquelle les adversaires sont sous la coupe d’entités démoniaques, la possibilité du compromis disparaît car cela reviendrait à pactiser avec le diable. L’espérance chrétienne n’est plus centrée sur le salut individuel mais sur le salut de la collectivité dont l’horizon est la croisade, terme employé par Pete Hegseth, le nouveau « secrétaire à la guerre », ex-présentateur de Fox News.
Tatouages de Pete Hegseth, qu’il explique ainsi : « Lorsque je réalisais une série pour Fox Nation, j’ai donné une interview pendant que je me faisais tatouer par le seul tatoueur de Bethléem. Je me suis fait tatouer Yehweh, qui signifie Jésus en hébreu. J’ai également sur mon avant-bras un Benjamin Franklin, plus précisément une caricature politique datant des années 1760. Il s’agit du serpent Join or Die (Unissez-vous ou mourez). J’ai Deus Vult (Dieu le veut) sur mon biceps, qui était le cri de ralliement des croisés. J’ai un grand drapeau avec l’AR-15 que je portais en Irak sur mon biceps. Puis, sur mon épaule, j’ai l’écusson de l’unité avec laquelle j’ai servi en Irak. Mon pectoral est entièrement recouvert d’une croix de Jérusalem. Israël, le christianisme et ma foi sont des choses qui me tiennent profondément à cœur ». Compte X MyLordBebo
Le réseau de la nouvelle réforme apostolique a ceci de particulier qu’il fonctionne en grande partie sur le modèle de la logique économique concurrentielle. Les apôtres et prophètes se comportent comme des entrepreneurs qui proposent des produits religieux et leur légitimité dépend en bonne partie de la popularité de leurs visions et révélations, dont certaines s’apparentent à de véritables marques déposées ; les télé-évangélistes en furent les précurseurs [13]. Il en va ainsi de la vision popularisée par Lance Wallnau [14], figure importante de la NAR aujourd’hui, lequel enjoint les chrétiens à prendre le contrôle des « Sept Montagnes » qui composent la société – la famille, l’éducation, la religion, le gouvernement politique, les affaires, les médias, les arts et spectacles. L’idée d’hégémonie culturelle, d’origine gramscienne, est qu’en plaçant des chrétiens au sommet de chacune de ces sphères, il sera possible de prendre le contrôle de la société [15].
Lorsque le langage du combat spirituel est conjugué à la théologie du dominion, cela a des conséquences politiques directes. L’espace public n’est alors plus conçu comme le lieu d’expression d’une pluralité de positions divergentes mais comme un champ de bataille cosmique dans lequel Dieu et ses armées célestes affrontent sans relâche Satan et ses hordes de démons pour le salut des âmes, mais aussi des villes et des nations. Ainsi, l’économie et l’influence des États-Unis doivent être renforcés si le pays veut réaliser sa destinée divine [16].
Les divers courants de la NAR et les sionistes chrétiens qui s’y rattachent (les chrétiens conservateurs, les chrétiens nationalistes [17], les chrétiens théocrates) sont parmi les nombreuses tendances qui composent cette droite chrétienne aux États-unis.
« Ces courants sont désormais très présents au sein de la Maison Blanche, avec des effets très concrets sur la géopolitique, mais aussi sur les politiques internes et le discours qui est tenu par l’administration […] Et ce qui est étonnant, c’est que c’est un miroir des opposants que l’on cherche à annihiler aujourd’hui, à la fois en Afghanistan, en Iran ou ailleurs » [18].
Les sionistes chrétiens à l’œuvre
Le mouvement sioniste chrétien devient populaire après la guerre des Six Jours de juin 1967 à l’issue de laquelle Israël contrôle Jérusalem-est et implante des colonies en Cisjordanie. Une alliance politique se forme alors entre les dirigeants israéliens, comme Menahem Begin et ces sionistes évangéliques, alliance que reprendra Benyamin Netanyahou. À la même époque aux États-unis, le présentateur télé Hal Lindsey prédit que la reconstruction du Temple de Jérusalem et donc l’Apocalypse, auront bientôt lieu ; son livre, The Late Great Planet Earth (La dernière grande planète Terre) s’est écoulé à plus de quinze millions d’exemplaires devenant ainsi l’ouvrage de non-fiction le plus vendu des années 1970, puis sera adapté au cinéma en 1978.
En 1979, lorsque le pasteur Jerry Falwell [19] fonda une organisation politique regroupant des conservateurs et des fondamentalistes chrétiens, The Moral Majority, il fit notamment du soutien au sionisme un pilier de son institution. Le Christian’s Israel Public Action Campaign (CIPAC, fondé en 1991) se répand chez les élus républicains, tandis qu’en 2006, John Hagee, pasteur d’une megachurch au Texas, créé avec le soutien de 400 dirigeants religieux le CUFI (Christians United For Israël), la plus visible, la plus large et la plus active des organisations chrétiennes pro-Israël. Afin de la crédibiliser et de la rendre moins millénariste, Hagee et ses disciples ont dû mettre de côté leurs croyances prophétiques et eschatologiques, les plus extrêmes [20], au profit des lois divines. Ainsi, beaucoup d’évangéliques agissent politiquement au nom des juifs et d’Israël par crainte de la malédiction divine : ils ont peur que le courroux divin les frappe sous forme de catastrophes [21]. Le CUFI compte à présent une centaine de groupes distincts et plus de 10 millions de membres, ce qui en fait la plus grande organisation de soutien au sionisme. Elle a fait alliance avec le Christian Allies Caucus, parti ultra-nationaliste d’Avigdor Liberman [22]. Après l’accord de 2015 passé avec Téhéran pour en contrôler le nucléaire [23], John Hagee déclarait aux milliers de sympathisants du CUFI, réunis pour leur sommet à Washington en juillet de la même année, que l’accord était un désastre pour la sécurité d’Israël et aussi pour celle des États-Unis [24]. Trump s’en retire le 8 mai 2018.
Les notions d’élection puis de destinée manifeste présentes dans l’imaginaire étatsunien à travers, autrement dit l’idée que les États-unis constituaient dès le XVIIe siècle la nouvelle terre promise, nourrit leur inséparable communauté de destin et leur alliance politique indéfectible avec l’État d’Israël. En outre, pour une partie des courants évangéliques, l’existence d’Israël est une condition de la fin des temps, qui s’y achèvera par le second avènement de Jésus. Cet événement est relaté dans le Livre de l’Apocalypse, qui décrit les maux que l’humanité connaîtra avant le retour du Christ sur Terre pour combattre une dernière fois les forces du mal, récompenser les pieux par leur enlèvement au ciel et punir les pêcheurs. Et enfin, puisque la Bible ne mentionne pas l’existence d’un peuple palestinien, il n’existe donc pas, ce qui est une opinion maintes fois exprimée par des Républicains évangéliques ultraconservateurs [25].
« Cyrus le Grand est vivant ! Trump glorifié en Israël et comparé à l’ancien roi perse », Courrier International, 14 octobre 2025
Donald Trump est le nouveau Cyrus le Grand
En 2017, Paula White-Cain [26] fut la première femme à prononcer une prière d’invocation lors de la cérémonie d’investiture d’un président étatsunien, celle de Trump. Elle dit l’avoir évangélisé et conduit au Salut depuis vingt ans avant de devenir sa conseillère spirituelle. Sa position lui a permis de mettre sur pied un puissant réseau, One Voice Prayer Movement (notre prière d’une seule voix), afin de lutter contre les forces démoniaques qui encerclent la Maison Blanche et empêchent les citoyens de recevoir le message de l’Évangile [27].
Les évangélistes charismatiques, dont Paula White-Cain est une figure majeure, sont persuadés que la lutte conduira vers une nouvelle guerre civile dont les croyants doivent dès maintenant s’assurer de la victoire. C’est à peu de choses près ce que Pete Hegseth [28] a soutenu devant huit cents généraux et amiraux de l’armée le 30 septembre 2025 en terminant son intervention par une prière car « l’identité américaine chrétienne de toujours est menacée par des ennemis intérieurs » [29].
Pour ce courant charismatique prédominant [30], Trump est le roi perse Cyrus le Grand des temps modernes : c’est le libérateur choisi par Dieu malgré ses turpitudes, pour l’affranchissement du peuple juif au VIe siècle avant notre ère et afin que sur la terre promise à Abraham, advienne le retour du Christ. Pour eux, Trump-Cyrus est l’instrument du chaos divin qui ouvrira de nouvelles possibilités sur le plan individuel et sociétal ; d’ailleurs, la guerre entre l’Iran et les États-unis serait annonciatrice d’un tel évènement et Trump aurait été élevé au siège du pouvoir pour accomplir cet objectif [31]. Netanyahou avait déjà fait cette comparaison entre Trump et le roi perse [32] en 2018, après l’établissement de l’ambassade des États-unis à Jérusalem [33] ce qui ne faisait que confirmer, selon eux, les prophéties bibliques déjà annoncées par la création de l’État moderne d’Israël en 1948. L’idée que Trump soit un Cyrus des temps modernes est particulièrement populaire parmi les chrétiens évangéliques, notamment pour expliquer le décalage entre le comportement personnel de Trump et son soutien à leur programme [34] : Trump serait sur le point de défaire « l’esprit de Jézabel » incarné par le féminisme, l’avortement, l’immoralité et la pornographie aux États-unis.
De même, lorsque le 3 janvier 2020 Trump a ordonné l’assassinat de Qassem Soleimani par drone sur l’aéroport de Bagdad, ces évangélistes l’ont interprété comme un signe de la fin des temps annonçant la seconde venue du Christ. L’idée que Trump ou une autre personne puisse exercer le pouvoir par décret divin fait clairement écho à l’ordre théocratique des récits de l’Ancien Testament. Selon Wallnau, Trump a également été oint pour rétablir le rôle des États-Unis en tant que première puissance militaire mondiale [35]. C’est pourquoi les mouvements charismatiques tiennent pour déraisonnable, voire impie, la critique de ses actions ou de son bilan politique.
Selon leur théologie du pouvoir, les évangéliques auraient reçu mandat pour dominer le monde par la conquête des « Sept Montagnes » afin de préserver l’héritage chrétien sur lequel la nation étatsunienne a été fondée. Tout doit être en conformité avec la parole de Dieu, seule source de vérité contenue dans la Bible.
La Presse 7 mai 2026. Photo Brendan Smialowski, AFP.
Trump vend des bibles intitulées « God Bless the USA ». Imprimées en Chine, elles sont vendues entre 60 et 1 000$. Jean-Benoît Harel, Regards Protestants, 21 octobre 2024. Ceux et celles qui débourseront ce montant non négligeable découvriront cependant un produit de piètre qualité. La publicité annonce une Bible avec couverture en véritable cuir, mais il s’agit d’un revêtement plastique qui demeure marqué lorsqu’il est plié. Francis Daoust, Société Catholique de la Bible. Le président Donald Trump a gagné 1,3 million de dollars grâce à la vente de bibles en 2024. Daniel Siliman, Info chrétienne, 19 juin 2025.
Épilogue provisoire
À la fin des années 1970, de bras armé religieux des États-Unis en Corée du sud, en Asie et en Amérique Latine durant la guerre froide, les évangéliques deviennent eux-mêmes un des piliers de la droite chrétienne qui lutte contre la laïcisation en cours des sociétés. Remarquons aussi qu’en prêchant la « théologie de la prospérité [36] », celle-ci viendra de facto conforter la propagation du néolibéralisme.
Bien sûr, toutes ces églises déterritorialisées – c’est-à-dire sans paroisse et sans attaches avec les appareils d’État locaux – sont plus à même de s’ouvrir aux professions de foi les moins ancrées dans la réalité quand elles ne sont pas simplement délirantes. Mais c’est surtout le rôle majeur et singulier de la religion dans l’histoire et la cohésion socio-politique du pays qui sont difficiles à comprendre pour tout étranger à ce pays. Car son existence est due à une colonisation de protestants blancs [37] qui n’ont cessé d’élaborer l’indispensable refoulement des deux crimes contre l’humanité sur lesquels ce pays a été construit (esclavage des Africains, éradications des Amérindiens) [38]. Et c’est pourquoi les religions y tiennent et y tiendront encore longtemps une place inexpugnable.
La dimension politique des pratiques et du vocabulaire charismatique n’a été perçue qu’au début des années 2010 [39]] ; en outre, cela n’a pas été suivi d’effets étant donné l’inexistence d’une force d’opposition digne de ce nom. Voilà pourquoi on s’égare en abordant la l’évolution actuelle du pouvoir étatsunien sous le prisme de « dérives » de tel homme politique ou de telle église. Ce n’est ni un problème d’individu, ni un problème d’orientation ecclésiale, mais bien celui de l’histoire inassumée d’un empire qui tente, en pleine période de déclin, d’y faire face en dérivant vers un totalitarisme théocratique dirigé par un cercle mafieux.
ANNEXES
« Le président Trump a été désigné par Jésus pour allumer en Iran le feu qui provoquera l’Armageddon ». L’imposition des mains des pasteurs protestants, le 5 mars 2026. À gauche Paula White-Cain, à sa gauche avec une cravate rouge Robert Jeffress et derrière elle, Pete Hegseth [40].
Le 5 mars 2026, Trump accueille dans le bureau Ovale une quinzaine de pasteurs évangéliques qui prient pour le président et pour les soldats américains engagés dans la guerre. Le pasteur Tom Mullins demande explicitement à Dieu de protéger les forces armées américaines et d’accorder au président « la sagesse venue du ciel ». Cette séquence transforme la décision militaire en objet de prière publique ; elle associe l’autorité présidentielle à l’intercession pastorale ; et elle inscrit l’action armée dans la narration religieuse d’une nation « under God ». L’image du président entouré de pasteurs imposant leurs mains constitue ainsi un dispositif symbolique puissant : ainsi, la guerre est implicitement placée sous la protection divine.
Les figures de la NAR tels Wagner, Enlow, Taylor et Wallnau postulent tous que la réforme apostolique mondiale et l’établissement du royaume de Dieu sur terre seront menés à bien par une Église réformée apostolique, en alliance avec des États-Unis économiquement et mondialement puissants.
Rapport d’Amnesty International, 2022
« Plus d’un Américain sur cinq se définit comme évangélique ; majoritairement blancs, les évangéliques forment un bloc électoral compact. Ils ont plébiscité Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2016 (77 %) et davantage en 2020 (84 %), soit le plus gros score jamais obtenu par un candidat, malgré que ce soit un propriétaire de casinos plusieurs fois divorcé, par ailleurs impliqué dans divers scandales sexuels et escroqueries […]
Dieu était partout lors des émeutes du 6 janvier 2021. Sur les tee-shirts et les pancartes, dans les prières et les mots d’ordre des émeutiers qui envahissaient le Sénat pour contester le résultat de l’élection présidentielle… Et Dieu était invariablement associé au président sortant Donald Trump. À l’intérieur du Capitole, devant lequel des groupes avaient érigé des croix géantes, le vice-président Mike Pence, alors l’évangélique le plus haut placé des États-Unis, était confronté à un dilemme […]
Certifier la victoire du candidat démocrate Joe Biden devant les sénateurs équivalait à trahir le trumpisme soutenu par la grande majorité des évangéliques. Pence a décidé de la certifier. À l’extérieur, la foule a réclamé sa mise à mort par pendaison […]
Que Mike Pence soit honni par la base évangélique pour avoir respecté le vote du peuple américain symbolise bien la métamorphose d’une religion transformée en projet politique, fusionnant avec le trumpisme et ses tendances les plus paranoïaques. Trois quarts de l’électorat évangélique déclarent approuver la théorie d’une fraude aux élections ; plus d’un quart serait proche de la mouvance QAnon, selon laquelle les démocrates s’adonnent à la pédophilie et au satanisme rituel […] » [41].
Trump se représentant sous les traits de Jésus sur son réseau après avoir critiqué le Pape Léon XIV. Drapé d’une toge rouge et blanche avec un halo de lumière dans les mains et posant une paume sur le front d’un homme alité. S’inspirant des codes de la peinture chrétienne, la scène comprend des attributs patriotiques américains comme des aigles, la bannière étoilée, un soldat en uniforme, un avion de combat ou la statue de la Liberté.
Autres sources
– Claire Bernole, « États-Unis : pour les évangéliques pro-Trump, le christianisme doit dominer le pays », La Vie, 16 octobre 2025.
– Sébastien Fath, Le Nouveau pouvoir évangélique, Grasset, 2026.
– Louis Fraysse, interview de Philippe Gonzalez, « Transformer Washington en théocratie : Trump et les racines de la guerre chrétienne en Amérique », Le Grand Continent, 4 septembre 2025.
– André Gagné, Ces évangéliques derrière Trump, Labor et Fides, 2020.
– David Gonzalez interview de Philippe Gonzalez, « Qui sont ces évangéliques qui résistent à Trump ? », Regards Protestants, 20 janvier 2025.
– Philippe Gonzalez, Que ton règne vienne. Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu, Labor et Fides, 2014.
– Philippe Gonzalez, « Dénoncer le nationalisme chrétien », Multitudes, n°95, 2024.
– Joan Stavo-Debauge, « John Dewey face aux fondamentalismes. Les origines des discours "post-séculiers" et leur antidote », Éditions de l’université de Lorraine, 24 janvier 2024.
– « Trump II, les religieux sont-ils au pouvoir ? », France Culture, Question du soir, 28 octobre 2025.
– « Les évangéliques à la conquête du monde », un documentaire en trois volets de Thomas Johnson, diffusion en 2023 sur Arte.
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