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Vivantes, comme ces miliciennes, sur les murs de Barcelone

Lucie Heymé /12 avril 2014   

Culture - Humeur


En Janvier 2014, les murs de la capitale Catalane s’ornaient de street-art pour rappeler les luttes à mener.


L’image originale, de "Trois jeunes miliciennes s’apprêtant à combattre dans le secteur de Huesca ", prise par Augusti Centelles [1], date de 1936.

Un photo réjouissante.
Plus encore que la complicité entre ces "femmes au front", c’est le nœud dans les cheveux, la mèche soigneusement arrondie en accroche-cœur sur la tempe et la bague que porte la femme à gauche, qui donnent la vie à cette photo.
Loin d’être des "détails", ces indices témoignent de ce que, malgré la guerre et les combats, cette "companera" continuait à porter un soin particulier à sa personne, à affirmer sa singularité. La révolution pouvait bien lui donner 5 minutes pour qu’elle prenne le temps nécessaire de s’occuper d’elle avant de rejoindre le combat collectif…

Des images "atypiques".
On trouve beaucoup d’images de ce type, très souvent mises en scène, pour appuyer la communication/propagande des parties prenantes [2], mais qui ne s’opposent aucunement à celles d’hommes ou de femmes au combat.

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"Estampa" 29 Août 1936.

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Quelques miliciennes "atypiques" dont Lola Anglada, du "batallon de la muerte", unité anarchiste italienne.



Des clichés et des archétypes
Ce qui peut surprendre, ce n’est pas tant l’accroche-cœur d’une milicienne, qu’une autre lise un magazine féminin ou porte des perles aux oreilles, c’est qu’actuellement, "l’uniforme standard" de certains "groupes d’action ", élève la dépersonnalisation au rang de reconnaissance et d’appartenance : costumes identiques et austères, décorés des mêmes badges ou des mêmes symboles, laissant parfois découvrir les mêmes décorations corporelles, avec les mêmes iconographies ou les mêmes postures…
Ceci est d’autant plus troublant que, ces mêmes "groupes d’action" qui fustigent les principes de la globalisation, de la standardisation ou du clonage, consentent librement à se parer de clichés et d’archétypes. Et eux aussi, comme ces miliciennes, "parlent de Révolution et de lutte des classes "… [3]  !





[1Agustí Centelles i Ossó, né à Valence (Espagne) en 1909 et mort à Barcelone le 1er décembre 1985. Photographe espagnol, l’un des pionniers du photojournalisme en Europe. Certains critiques le surnommant le "Robert Capa catalan".
- http://www20.gencat.cat/portal/site/culturacatalana/menuitem.be2bc4cc4c5aec88f94a9710b0c0e1a0/?vgnextoid=571eef2126896210VgnVCM1000000b0c1e0aRCRD&vgnextchannel=571eef2126896210VgnVCM1000000b0c1e0aRCRD&vgnextfmt=detall2&contentid=8ddd109348bfa210VgnVCM2000009b0c1e0aRCRD&newLang=fr_FR
- http://www.elmundo.es/albumes/2007/10/23/agusti_centelles/index_1.html

[2Voir :
- Tuée en Espagne... Quelques femmes dans la guerre d’Espagne : http://jenevoispaslerapoport.blogspot.fr/2012/04/tuee-en-espagne.html
- Mujeres en la Guerra Civil Española, Women spanish civil war : https://www.pinterest.com/superchuli/mujeres-en-la-guerra-civil-espa%C3%B1ola-women-spanish-/

[3"Qu’irais-je faire dans un groupe d’action qui m’imposerait de laisser au vestiaire, je ne dis pas quelques idées - car telles seraient mes idées qu’elles m’induiraient plutôt à rejoindre le groupe en question -, mais les rêves et les désirs dont je ne me sépare jamais, mais une volonté de vivre authentiquement et sans limites ? ". R. Vaneigem in Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, chapitre I : L’insignifiant signifié. (1967)