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Sur quelques ouvrages traitant des rapports entre la France et l’Algérie (II) - La République impériale -

Correspondant /4 avril 2013   

Réflexions


AutreFutur commence une série de résumés de livres traitant des rapports entre la France et l’Algérie. Le 21 mars 2013 Rachèle Coulougliani a publié un premier article présentant le livre d’Olivier Le Cour Grandmaison Coloniser, exterminer. (Sur quelques ouvrages traitant des rapports entre la France et l’Algérie (I).)
Aujourd’hui elle poursuit avec La République impériale - Politique et racisme d’Etat.


Dans la conclusion de « Coloniser, exterminer » Olivier Le Cour Grandmaison (OLCG). notait que l’ensauvagement du continent et le siècle des extrêmes et des génocides « n’aurait pas été ce qu’il fut sans le ‘siècle de fer’ et de sang imposé par les Européens aux ‘races inférieures’ d’Afrique et d’ailleurs ».
Dans le deuxième livre de sa trilogie sur l’Algérie il nous introduit dans un débat parlementaire en 1885. C’est pour lui le moment où les dés de ce qu’il nomme la République impériale sont jetés

Ce qui doit être voté ce sont des crédits extraordinaires pour appuyer les opérations militaires liées aux « événements » de Madagascar. La monarchie malgache est accusée d’avoir agressé des Français. Le gouvernement dans lequel Jules Ferry est président du conseil des ministres appelle à la défense de « nos droits » et de « tous nos nationaux ». Il est proposé le contrôle des Affaires étrangères de la monarchie malgache et la cession de toutes les terres au nord du 16ème parallèle.

Pendant six mois, de juillet à décembre 1885, deux conceptions du rapport de la France avec les nations extérieures au Vieux continent (en dehors des Etats-Unis d’Amérique) vont s’affronter. La première fait référence aux principes des droits de l’homme affirmés en 1789. Elle est pacifique et repose sur l’idée d’une humanité une dans laquelle les hommes et les peuples sont libres et égaux sans qu’aucune hiérarchie raciale ne les divise. C’est celle d’un patriotisme universel. La seconde, dont Jules Ferry est le chef de file, invoque les devoirs des « races supérieures » envers les « races inférieures ». La guerre est le moyen d’obéir à ce devoir et l’expansion en est le but. Refuser de voter les crédits militaires c’est porter atteinte à « l’honneur » et à « l’intérêt » supérieur de la nation. En décembre 1885, par quatre voix d’avance, les partisans de la conquête obtiennent la majorité.

Ce sera le point de départ d’une expansion sans précédent de l’empire français. De un million de km2 il arrivera à treize millions au moment de la Première Guerre mondiale. Quant à la population elle progressera de sept à soixante dix-millions en 1938.

L’Etat français doit se restructurer afin de répondre à cette nouvelle situation. Il s’agit pour lui d’établir sa domination sur les territoires et les « indigènes » conquis ! On assiste alors à la naissance d’une nouvelle discipline juridique : la législation coloniale. Soumise à la raison d’Etat elle s’élaborera au fil du temps autour du régime des décrets et des particularités de l’ordre public colonial. L’enseignement supérieur doit lui aussi s’adapter pour former les cadres de cet Etat impérial-républicain en formation. Ces nouvelles institutions doivent associer une démocratie parlementaire en métropole à un ordre autoritaire fondé sur l’inégalité des races dans ses possessions extérieures. Une administration est confrontée à s’établir sur quatre continents et à définir des droits pour des populations se situant à différents étages de la hiérarchie des races. C’est dans ce contexte que Jules Ferry fera cette remarque : « La Déclaration des droits de l’homme et les constitutions sont là-bas des formules vides de sens. »

Les politiques d’assimilation qui avaient tenté de se développer jusqu’alors sont définitivement abandonnées au profit de celles d’association jugées plus efficaces.

En réalité de nouvelles affirmations « scientifiques » font le procès des Lumières, de la Révolution et des droits de l’homme, c’est la défaite de l’universel. Un « relativisme juridique, politique et moral » qui « légitime un ordre colonial inégalitaire, discriminatoire et illibéral » s’impose avec des arguments puisés dans le discours « scientifique » qui s’élabore à l’université. Les « indigènes (…) réputés incapables de satisfaire aux exigences du travail et d’une économie moderne…. Sont considérés comme de mauvais usufruitiers qui laissent leurs terres en déshérence ». C’est pourquoi « ils peuvent être expropriés pour cause d’utilité publique mondiale ».

Ce processus se développe juste après la défaite infligée par la Prusse en 1870 et la situation de guerre civile de la Commune de Paris en 1871. « La France ruinée, privée de l’Alsace-Lorraine, a une indemnité de guerre de 5 milliards de francs à verser à la Prusse ». Au même moment, et enhardie à l’idée que l’armée française n’est pas invincible, une insurrection surgit en Kabylie. 200 000 combattants lancent une offensive. Il faudra plusieurs mois pour « pacifier » la région. Les mêmes situations se répètent en 1879 dans les Aurès et en 1881 dans le Sud-Oranais. La « pacification » est basée sur des pratiques de terreur sur les populations, la mise sous séquestre des biens et des amendes collectives.

Ainsi l’affaiblissement de la France en Europe et ses grandes difficultés à maintenir sa domination en Algérie font que le discours républicain met en avant l’idée que la défense de l’Empire n’est possible que si l’on s’empare de contrées limitrophes et vacantes. Ces contrées sont décrites comme étant dirigées par des tyrans dont les peuples aspirent à être délivrés !

En dehors de Jules Ferry (1832-1893, président du Conseil en 1885) trois personnalités apparaissent dans ce fameux débat parlementaire. Il s’agit de Camille Pelletan (1846-1915, qui est alors député radical), Georges Clemenceau (1841-1929, chef de la gauche radicale), Frédéric Passy (1822-1912, un économiste fondateur d’un mouvement pacifiste). OLCG cite abondamment les interventions de ces trois personnes qui avec des accents et un style oratoire propre à leur époque interviennent pour défendre leur point de vue. Camille Pelletan s’en prend à Jules Ferry : « Et si l’on porte au loin ces guerres sans prisonniers, ces destructions intelligentes qu’on nous a commandées, Oh ! Cela coûte beaucoup d’argent au budget, cela coûte beaucoup de sang versé, mais on remplit un devoir de charité chrétienne vis-à-vis des populations qu’on civilise à coup de fusil ! Voilà la doctrine exposée, ai-je besoin de le rappeler, par l’honorable M. de Mun, par M. Ferry lui-même. »

En fait un concept de patriotisme avec deux définitions différentes est au centre des débats. Jules Ferry développe une nouvelle conception du patriotisme s’intégrant dans une défense de la grandeur de la France. C’est une sorte de patriotisme national ou de national-patriotisme. Quant à Camille Pelletan il se situe dans une tradition plus proche de celle des Lumières et d’une certaine tradition révolutionnaire et républicaine. Il ne s’agit pas alors de la défense d’un Etat, quelles que soient ses institutions et orientations, mais de la liberté et de l’égalité à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C’est un patriotisme universel ou patriotisme de l’universel. Tout cela étant fort éloigné de la politique impériale de la IIIème République.

Frédéric Passy de son côté déclare : « Nous devons respecter chez les autres le véritable sentiment de patriotisme puisque nous tenons à ce qu’on le respecte chez nous. (…) Je vous demande, dans cet esprit, de chercher à résoudre pacifiquement la question (malgache). (…) Ces territoires, c’est la vie même, c’est le corps et le sang de ces pauvres gens, c’est leur Alsace à eux, c’est leur Lorraine à eux. (…) Messieurs, je crois que les grands peuples, en même temps qu’ils sont jaloux de leur indépendance et de leur dignité, doivent être respectueux de l’indépendance et de la dignité de tous. (…) Aussi les grandes puissances européennes, qui se réclament du droit des peuples quand il s’agit de défendre leurs frontières, ne sauraient-elles s’en exempter lorsqu’elles interviennent en Afrique, en Asie et en Océanie. » Paix ! Négociations, refus de s’emparer par la violence de territoires étrangers au nom d’un patriotisme de principes et de droits universels voilà les orientations défendues par Camille Pelletan et Frédéric Passy.

Par ailleurs Georges Clemenceau ajoute : « Etre constamment en guerre, sinon en Europe, du moins dans toutes les autres parties du monde, c’est tout simplement la politique monarchique. »

En effet, à la suite du soulèvement kabyle de 1871, et jusqu’à la Première Guerre mondiale la France ne cesse de combattre dans les contrées « barbares » et « sauvages ». Elle s’empare de la Tunisie en 1881, de Madagascar en 1883-1885, du Tonkin entre 1883-1896, du Soudan dit français en 1898. Sans compter différentes opérations de « pacification » au Tchad et au Sahara en 1899 et de 1893 à 1915 en Côte-d’Ivoire.

L’idée d’un genre humain dans lequel les nations établissent entres elles des relations basées sur l’égalité est mis à mal par les conceptions de Jules Ferry où l’idée d’inégalité des races ouvre la voie « à des pratiques – violences, exploitation, oppressions extrêmes, discriminations – considérées comme inacceptables partout où des ‘Blancs’ sont en relation les uns avec les autres ». Il précise que « Le rôle de l’Etat doit être reconsidéré », il faut aussi « qu’à l’Etat-nation, hérité de la Révolution française, mais inadapté aux conditions nouvelles de la concurrence interétatique dont le théâtre est le monde, s’ajoute une véritable métropole capable de contrôler des territoires immenses et des populations diverses réparties sur quatre continents. »

Une fois le triomphe de cette nouvelle conception assurée, il reste à en finir avec l’idée d’assimilation pour imposer celle de l’association.

Le glissement s’opère ainsi : « vouloir imposer – par la force – nos idées de liberté et d’égalité à des peuples barbares est voué à l’échec, c’est pourquoi l’association est une formule de colonisation bien supérieure aux précédentes ».

On assiste alors à l’impérialisation de la République. Apparition du droit colonial. D’un secrétariat d’Etat aux colonies placé sous l’autorité du ministère de la Marine. D’une Ecole coloniale formant les cadres nécessaires à la gestion des territoires conquis. Mais c’est aussi à l’intérieur de la Sorbonne que se mobilisent géographes et historiens spécialistes de l’Islam qui oeuvrent à la mise en place des théories nécessaires à l’administration de cet empire. La mission de ces théoriciens est d’arriver à démontrer –scientifiquement- que « grâce à la France des Lumières et de la Révolution, la colonisation est devenue l’instrument de la civilisation des ‘races inférieures’ ».

OLCG insiste en disant « C’est pourquoi au tournant du siècle, le rejet de l’assimilation ne constitue pas seulement un changement important dans les orientations impériales mises en œuvre, il est aussi une rupture essentielle qui a bouleversé des conceptions majeures du monde, des hommes et des rapports qu’ils doivent nouer entre eux. Aujourd’hui trop souvent [ces conceptions] oubliées ou traitées comme une sorte d’arrière-plan secondaire, alors que les contemporains leur accordaient la plus grande importance, ainsi qu’aux pratiques coloniales qu’elles ont rendues possibles. »

Participe à ces réflexions Léopold de Saussure convaincu que les Lumières sont à l’origine d’innombrables erreurs. Pour lui l’égalité naturelle des membres de l’humanité est un leurre mais surtout l’idée que la raison pure dont ils seraient tous porteurs leur permettrait de progresser. Pour lui il ne s’agit que d’illusions qui ignorent le facteur racial récemment découvert par les sciences anthropologiques, ethnologiques et psychologiques. Ces sciences montrent que les différents groupes qui composent le genre humain ont des caractères « anatomiques et mentaux » d’une grande stabilité. Ainsi l’anthropologie et la sociologie serait à l’origine d’une révolution scientifique comparable à celle de la Renaissance. C’est pourquoi L. Saussure rejette « les Lumières et leur héritage dans le cimetière de la pensée préscientifique en raison des lois de l’hérédité, notamment ». « Les sciences seules doivent désormais éclairer le monde qui, grâce à elles, est entré dans une époque nouvelle. » De son côté pour Gustave Le Bon la « doctrine de l’assimilation » n’est que l’avatar singulier de l’utopie progressiste héritée des Lumières. Cette utopie qui « nous a coûté la plus sanglante révolution qu’ait connu l’histoire, la mort violente de plusieurs millions d’hommes » et « la décadence profonde de toutes nos colonies ». Selon ces auteurs les effets désastreux de l’assimilation léguée par la dogmatique égalitaire est partout visible. Giran, publie plusieurs ouvrages consacrés à la psychologie des peuples et écrit : « C’est la pensée scientifique, critique et objective qui tend, aujourd’hui à remplacer la pensée religieuse ; elle a scruté le vide des notions abstraites qui remplissaient la vieille philosophie et nous a aidé à mieux pénétrer la réalité des choses. » Pour lui les savants ont inauguré une ère nouvelle et la psychologie des peuples est reconnue comme une science pratique indispensable à la « connaissance approfondie de nos sujets ». « Il faut donc s’incliner devant les traditions existantes car elles sont adaptées aux races arriérées, qui les respectent depuis des temps immémoriaux. Il n’est donc pas un domaine dans lequel l’assimilation soit possible, et les autochtones doivent demeurer soumis à un régime spécifique qui, conformément aux principes de la justice distributive, sanctionne leur position subalterne dans la hiérarchie du genre humain. »

Un changement survient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’Empire réforme ses structures et en Algérie les colonisés accèdent au statut de citoyens. La Constitution de la IVème République affirme l’existence « des droits inaliénables et sacrés » de « tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance » mais la mise en place du double collège en Afrique du Nord tempère cette déclaration. Les Français « musulmans » doivent réunir plus de voix que les Français (tout court !) pour obtenir des élus… On demeure malgré les déclarations d’intentions dans un cadre qui reste dans le moule de l’ancien. Pierre-Olivier Lapie, un ancien gouverneur du Tchad nommé par le général de Gaulle écrit : « La conception égalitariste de la Révolution, c’est-à-dire l’identité de tout représentant de l’espèce humaine, doit être révisée. Notre sentiment doit être de reconnaître chez les indigènes des traits généraux de l’humanité. (…) Mais ceci posé et proclamé, il existe différentes catégories d’hommes. » Un professeur de philosophie, inspecteur général de l’Instruction publique, B. Lavergne, écrira que les peuples d’outre-mer sont presque « tous dépourvus de capacité gouvernementale réelle », ce qui oblige la France à continuer à les diriger.

Le système de domination après un « dépoussiérage » dans la manière de se présenter est maintenu. Voilà pourquoi c’est au nom de la défense des Droits de l’homme que les massacres de Sétif et Guelma en 1945, de Madagascar en 1947, de Haiphong en 1946 sont considérés comme légitimes.

Par ailleurs des climato-anthropologues ont « découvert » que des transplantations de population hors de leur aire naturelle provoquent une dégénérescence physique et psychologique générale. Ce qui vaut d’ailleurs aussi bien pour les « blancs » que pour les « indigènes » ! Sauf que les « indigènes » y perdent leurs rares qualités sans en acquérir de nouvelles ! De même, en 1935, un éminent médecin, le Dr René Martial, présente ses ouvrages à l’Académie de médecine, dont il est membre, où il prouve « scientifiquement » « que le vieux fond français a toujours assimilé totalement (…) les éléments étrangers » tant qu’ils étaient de souche européenne, mais qu’il tend à dégénérer avec un métissage extra-européen.

En conséquence il est nécessaire de réglementer la circulation des Français « musulmans » entre les départements français d’Algérie et la métropole ; ces derniers doivent avoir un certificat d’hébergement et un certificat médical ! Fuyant les salaires de misère qui leur sont proposés en Algérie une immigration clandestine s’organise. Des « bakchichs », jusqu’à 1000 frs par tête, permettent d’embarquer sur des bateaux qui traversent la Méditerranée dans des conditions telles que des gens meurent dans les cales. Quant à ceux qui arrivent à traverser ils ne parviennent pas toujours à échapper à la prison pour violation des règles relatives à l’entrée et au séjour sur le territoire national.

OLCG pose la question : « Les atteintes portées à la libre circulation des colonisés-immigrés ‘arabes’ entre les départements français d’Algérie et la France sont-elles exceptionnelles et éphémères ? » Et il répond « L’exception fut la règle, dans tous les sens du terme puisque l’exception dicta la règle et que la liberté de circulation rarement accordée, fut l’exception. »

Pour bien illustrer ce propos il rappelle que dans le préambule de la Constitution de la IVème République, « les constituants sont revenus sur l’une des formules inscrites dans la version initiale : ‘Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement’ (Art. 5 de la Déclaration des droits de l’homme, placé en préambule du projet de Constitution du 19 avril 1946), sans doute rédigée dans l’euphorie des libertés retrouvées. Quelques mois plus tard les législateurs ont supprimé cet article. »

Bien sûr aujourd’hui cette situation n’est plus la même. Il n’empêche qu’au nom de la défense de l’ordre intérieur de multiples réglementations ne cessent d’être promulguées sur le droit de circulation des étrangers. Que l’on retienne comme exemple la création en 2007 d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire !

OLCG en vient maintenant à étudier la notion de « lutte pour l’existence » dans le cadre de l’Empire et de la défense de l’Europe. Pour cela il va puiser dans la littérature de ceux qui ont eu le plus d’influence dans la politique coloniale.

La lutte vitale « est commune à tous les êtres vivants sans exception, depuis le végétal ou l’animal le plus infime jusqu’à la plante et à l’animal les plus parfaits, et depuis la forme la plus primitive de l’espèce humaine jusqu’au type le plus perfectionné de l’humanité » nous explique le radical-socialiste Jean-Louis de Lanessan qui s’appuie sur les travaux de Buffon, Lamarck et Darwin.

Alfred Rambaud, ministre de l’Instruction publique de 1896 à 1898, pense que lutter pour l’existence est un principe universel pour les hommes « qui appartiennent à des civilisations supérieures » et qui sont donc amenés à transformer la nature par leur travail et à affronter d’autres races. « Conformément aux fondements du darwinisme, la concurrence et la sélection, leur sort est lié à leurs capacités à s’imposer par la force. Quant à ceux qui renoncent à cette lutte ils doivent se résigner à la destruction ».

Deux fonctionnaires du ministère des Colonies, G. François et H. Mariol, auteurs de « Législation coloniale », écrivent en 1929 : « La colonisation a été de tout temps et de tous les pays » « Elle répond au besoin d’expansion qui est pour une race forte une preuve de vitalité ». Quant à la disparition de « certaines races indigènes » c’est un phénomène qui a pour cause « la loi du progrès, contre laquelle on ne peut rien et qui se vérifie dans tous les règnes de la nature, à savoir : la disparition des faibles devant les forts ». Pour les « peuplades inférieures qui ne résistent pas aux bouleversements provoqués par la conquête de leurs territoires, nul ne saurait s’attrister de leur sort ».

En 1907, un philosophe, Carl Siger, élabore sa pensée autour de l’idée que « la colonisation n’est autre chose qu’un mode d’activité universelle, et celui qui prétendrait écrire son histoire ne pourrait qu’écrire l’histoire de l’humanité ». Pour lui l’héritage de la Révolution française, celui de l’égalité naturelle des hommes, est un préjugé qu’il faut abandonner. Il affirme ainsi « que l’homme peut mettre un terme à cette situation en s’instituant comme sujet par l’acquisition d’un savoir aussi précis et complet que possible, qui lui permettra de ne plus éprouver ni colère, ni indignation devant les faits, ni compassion envers tous ceux qui ne sont pas des semblables. En lieu et place d’une vie passionnelle incontrôlée jusque-là, favorisant des agissements sans fondement, sans autre fondement du moins que ces passions réputées mauvaises, surgira un nouvel état affectif qui rendra enfin possible l’observation neutre des événements et des différentes conditions humaines. Désormais considérée comme la preuve du triomphe de l’objectivité sur la subjectivité trompeuse des sentiments, cette indifférence favorisera à son tour une connaissance toujours plus adéquate du monde et l’avènement d’une nouvelle raison pratique indispensable pour agir avec détermination ».

Il s’agit bien ici de principes philosophiques, sorte de darwinisme impérial, en complète rupture d’avec les idées des Lumières.

OLCG conclu à propos de C. Siger : « A la Raison, à l’égalité naturelle entre les hommes, fondement anthropologique de l’amour de l’humanité dont l’une des manifestations est la compassion, Siger oppose le règne de la ‘Force’, l’inégalité du genre humain et la contemplation absolument dés-affectée de ses membres, quelle que soit la dureté de leurs conditions d’existence et de travail. »

Jules Harmand, médecin, ambassadeur, auteur considéré comme un grand spécialiste des questions coloniales soutient aussi que le « besoin d’expansion se rencontre partout dans la nature » ; il s’agit donc d’une des « manifestations essentielles de la vie ».

En 1907, Ernest Seillère, un autre philosophe, pense que « La raison impériale a donc pour fin non l’émancipation du plus grand nombre et la réduction des inégalités entre les hommes, mais la domination d’une minorité constituée des peuples d’Europe et d’Amérique du Nord. Seillère s’en prend aux Lumières, à leur détestable ‘ humanitairie’ et plus précisément à Rousseau, fondateur, selon lui, de l’égalitarisme, dont les dangers furent révélés par la Révolution française, par la Terreur plus encore et par les doctrines socialistes enfin, qu’il rattache au ‘rationalisme mêlé de romantisme’ enseigné par ‘l’Encyclopédie’. »

Enfin Alfred Rambaud expose que « pour lutter contre la féminisation des caractères engendrée par les facilités de la vie moderne, il est indispensable de ‘reconstituer’ l’Empire et de lancer le ‘peuple français’ dans la ‘course à l’Afrique’, notamment. Ainsi échappera-t-il à la corruption en même temps qu’il retrouvera ses ‘vertus viriles’ et ses ‘instincts guerriers’, qu’il pourra exercer de façon constructive sans se laisser dépraver par les ‘calculs du bien-être’. Analyse remarquable qui oppose la décadence jugée féminine, à la régénération morale et physique par la conquête coloniale, laquelle est masculine puisqu’elle exige force, courage et guerre. »

Ces déclarations diverses ne sont-elles pas prophétiques ? La Première Guerre mondiale surviendra quelques années plus tard et comme le remarque OLCG elle « s’est caractérisée par une brutalisation spectaculaire des comportements individuels et collectifs qui a gravement et durablement affecté les sociétés européennes ».

Mais une fois les conquêtes réalisées comment faire pour justifier la spoliation des terres « indigènes » au regard des principes de la Révolution française qui considère la propriété comme un droit naturel ?

La force en elle-même ne suffisait pas. Il fallait introduire un droit supérieur autorisant la spoliation. Et cela se fit au nom de la défense de la vie et de son développement !

Toute une série de « penseurs » et de « spécialistes » vont venir expliquer le bon droit des Français à agir.

En 1887, Louis Jacolliot, magistrat colonial soutient « que toute nation civilisée a le droit indiscutable d’étendre le plus possible son influence, d’appeler au progrès les populations sauvages de l’Océanie, de l’Afrique, de l’Amérique, comme aussi de chercher à guérir de leur enfance sénile et de leur décrépitude les nations de l’Asie. (…) Au point de vue humanitaire (…) en face de ces immenses contrées qui ne sont pas exploitées par leurs habitants les nations rentrent dans leur droit naturel qui permet l’occupation de la terre à tout nouvel arrivant à côté du premier. » Il ajoute même si ces « barbares » et « sauvages » ne sont pas en mesure de mettre en valeur les vastes territoires sur lesquels ils habitent c’est qu’ils n’ont aucune habitude de travail régulier. C’est pourquoi les « indigènes » ne peuvent être considérés comme propriétaires légitimes de ces territoires, en fait ils ne sont que de simples occupants !

Des contemporains de ces théoriciens s’opposèrent à ces conceptions contraires à la Déclaration des droits de l’homme mais ils ne furent pas entendus.

Ainsi, les nations « civilisées » fondent leur droit à occuper la terre en référence à leur capacité à y exercer un véritable travail. Elles peuvent alors « s’emparer de régions entières dont elles deviennent, par la conquête et la ‘mise en valeur’, les propriétaires véritables ». Marcel Sarraut (1872-1962), ministre des Colonies en 1921 ira jusqu’à dire : « Un droit dont l’exercice se retourne contre les droits du mieux-être universel n’est pas un droit. L’espèce humaine est solidaire dans l’existence du vaste monde. (…) Nulle race, nul peuple n’a le droit ou le pouvoir de s’isoler égoïstement des mouvements ou des nécessités de la vie universelle. » C’est pourquoi « l’humanité totale », représentée par sa portion la plus éclairée, la plus entreprenante et la plus développée l’Europe, doit « pouvoir jouir de la richesse répandue sur la planète ».

La conquête et l’usurpation de territoires, y compris par des moyens militaires, est de ce fait considérée comme un acte positif et profondément humain.

Mais à partir de 1920, alors que la domination « blanche » sur le monde semblait une certitude éternelle on découvre qu’il n’en est rien.

« Après la Première Guerre mondiale, on assiste donc à la multiplication de publications alarmistes dont les auteurs, en dépit de divergences sur certains points, s’accordent sur l’essentiel : les rapports de force entre les ‘Blancs’ et le reste du monde ne sont plus ce qu’ils étaient ; s’ils demeurent favorables aux premiers, des signes multiples et convergents prouvent que des évolutions importantes sont en cours. »

Avant 1914 l’expansion triomphante du Vieux continent, qui prétendait apporter paix, stabilité et progrès aux « races inférieures », donnait l’impression aux Européens que rien ni personne ne pouvait s’opposer à cet état de fait. La guerre de 14-18 affaiblit les puissances européennes, mais surtout ouvre un nouveau champ pour les peuples colonisés. Ces derniers, venant d’Afrique et d’Asie ont été largement mobilisés dans l’effort de guerre à la fois dans l’industrie et l’armée. Ils ont donc contribué à la victoire contre l’Allemagne et cela a encouragé les autochtones d’Afrique du Nord à relever la tête et à chercher à avoir une vie meilleure. OLCG note que « L’Emir Khaled (1875-1936), petit-fils d’Abd-el-Kader, forme le mouvement Ikdam. Il demande la suppression du Code de l’indigénat, des ‘territoires militaires’, où règne encore le ‘régime du sabre’ qui permet aux officiers d’exercer un pouvoir absolu sur les populations qu’ils contrôlent, dénonce les salaires inférieurs des ‘musulmans’, le paupérisme qui les accable, la faiblesse de leur scolarisation et l’absence des droits et libertés démocratiques élémentaires. »

Un tel programme sera jugé irrecevable par la majorité des dirigeants de la République impériale.

L’Algérie n’est pas la seule à réagir de la sorte. Une contestation générale du fait colonial commence à se manifester au sein de l’Empire. C’est l’idée d’Emancipation qui surgit !

Aussi alors que ce type de contestation fait son chemin les membres de la hiérarchie impériale manifestent une inquiétude face à l’immigration massive « d’indigènes » algériens. Les périls qui menacent la France ne sont plus simplement sociaux et sanitaires ils deviennent politiques. Georges Mauco (1899-1988), auteur spécialiste des étrangers, parle des « musulmans qui se pressent dans les faubourgs ouvriers » constituant « un excellent terrain de développement de théories extrêmes, d’autant que c’est dans les villes que se concentrent les émigrés politiques, qui vivent dans une fièvre constante à peine tempérée par la crainte permanente de l’expulsion ». En 1932 il dénonce la présence de « plusieurs milliers de révolutionnaires italiens dans la banlieue parisienne où ils se livrent à une propagande active ». C’est la stabilité du pays qui est menacée mais aussi son identité !

OLCG explique qu’à la même époque un chef de cabinet du Gouverneur général de l’Algérie, P. Godin, craint « le développement d’un communisme simpliste ou d’un internationalisme explosif » dans la capitale où résident selon lui 30 à 40 000 « Nord-Africains ». N’hésitant pas à comparer ce danger aux « invasions barbares » qui ont surpris « les Gallo-romains » à « l’aurore de notre histoire », il est nécessaire de renforcer les contrôles entre les départements français d’Algérie et ceux de la métropole.

Beaucoup de dirigeants craignent une alliance entre le bolchevisme et les peuples des colonies. C’est pourquoi certains d’entre eux préconisent la suppression du Code de l’indigénat et du principe des amendes collectives, mais aussi une amélioration des conditions de vie des « Musulmans » pour mieux défendre les possessions françaises. C’est le cas de Maurice Viollette, ancien gouverneur de l’Algérie, vice-Président du conseil à l’époque de Léon Blum.

Gustave Gautherot, spécialiste de « l’impérialisme rouge » dans les colonies européennes « explique que les communistes ne sont pas des adversaires politiques comme les autres mais l’incarnation de ‘l’Ennemi’ absolu. En France cet ‘Ennemi’ intérieur est à la tête de ‘forces destructrices’, il n’hésite pas à s’allier à des ‘rivaux étrangers’. Il est donc nécessaire de mener un combat acharné contre les ‘rouges’ contre lesquels il faut prendre des mesures d’exception. »

N’est-ce pas dans cette continuité que le gouvernement Daladier prend, en 1939, le décret autorisant l’internement de tous les individus, nationaux ou non, considérés comme « dangereux pour la défense nationale » et la « sécurité publique » ?

Et OLCG de tirer cette leçon : « Pour la première fois dans l’histoire de la France contemporaine, l’internement administratif, d’abord appliqué aux ‘indigènes’ d’Algérie puis étendu aux autres populations autochtones de l’Empire, était utilisé contre des nationaux pour des motifs politiques, au mépris des droits et libertés élémentaires. »

Les menaces sur l’Europe arrivent de tous bords. La crise économique de 1929 fait craindre des troubles sociaux pouvant déboucher sur une nouvelle catastrophe politique. La montée des revendications « indigènes » jette un doute sur la toute-puissance de l’institution coloniale mais c’est aussi des craintes sur l’état des populations européennes qui s’expriment. Des médecins donnent l’alerte ! En 1935 Decugni Henri dans son livre Le Destin des races blanches défend l’idée qu’une « hygiène sociale énergique est indispensable pour combattre l’accroissement des anormaux en tous genres, aliénés, criminels, épileptiques, idiots, faibles d’esprit, alcooliques, cocaïnomanes, invertis sexuels et autres déchets sociaux ».

Plus encore les parlementaires s’inquiètent du nombre de récidivistes, ce qui montre à la fois le manque de performance du régime carcéral et l’apparition d’une frange de population incapable de se soumettre à une vie respectueuse de la propriété privée. De là l’idée, non pas de réformer des individus jugés irrécupérables mais de les transporter hors de la métropole afin de s’en débarrasser. Le 27 mai 1885, c’est la loi Waldeck-Rousseau qui institue le bagne. Albert Londres, dans son livre Au bagne, saura décrire la vie de ces bagnards de Guyane et révéler publiquement cette terrible vérité réservée aux hommes-déchets. Les bagnards sont jetés pieds-nus dans la forêt au prétexte de construire une route : « La brousse est devant eux, semblable à un mur. Mais ce n’est pas eux qui abattront le mur, c’est le mur qui les aura. » On a ici l’origine du travail-destruction « qui se trouverait donc dans les colonies pénitentiaires et dans les traitements infligés aux bagnards les plus dangereux ». Plus tard des régimes totalitaires ont pu appliquer les mêmes méthodes à des populations entières, en Union soviétique, dans l’Allemagne nazie pour précipiter le génocide, ou bien plus récemment par les Khmers rouges au Cambodge.

Plus encore qu’en 1848, cette intrication entre le social et le colonial inquiètent les dirigeants de la IIIème République. « C’est dans ce contexte que le concept d’espace vital impérial a été inventé puis défendu par de nombreux contemporains. »

Comment éviter que les conflits sociaux s’aggravent ? Que faire avec l’excédent de population ? La réponse se trouve dans la conquête de terres nouvelles afin de trouver de nouveaux débouchés pour les produits de l’industrie et la population en trop sur le territoire national. « Cette idée reste dans la continuité du processus de régulation de la démographie européenne où du XVIème au XXème siècle environ 60 millions d’Européens quittent le continent pour les colonies. »

Les nouvelles conditions de la concurrence et la défense de la vie rendent les marges de manœuvres des Etats-nations beaucoup plus étroites et le Vieux continent présente des frontières difficiles à modifier. L’expansion outre-mer devient la seule opportunité. Ainsi le darwinisme social s’articule avec le darwinisme impérial.

A ce niveau OLCG met en avant cette idée pour lui essentielle : « Mais ce qui à une certaine époque était important, les colonies, devient indispensable. Ce qui est nouveau, c’est que l’Etat et la collectivité qu’il organise ne peuvent plus être ni perdurer sans possessions coloniales, elles sont devenues indispensables donc vitales. »

Pour lui il est alors nécessaires de faire un parallèle entre espace vital impérial et espace vital national-socialiste. Les origines de l’espace vital impérial ne sont pas spécifiquement allemandes. En effet de nombreux auteurs français, britanniques et belges développent cette idée trente ans avant la doctrine hitlérienne du Lebensraum (espace vital).

C’est la logique d’exploitation des races inférieures, et non pas une logique de destruction, qui caractérise l’espace vital impérial au début du XXème siècle qu’il soit français, allemand, britannique ou belge.

Il ne s’agit pas de sous-estimer les crimes contre l’humanité commis par les puissances européennes dans leurs empires, il s’agit de montrer des différences de nature afin de mieux comprendre les fondements de la domination impériale en outre-mer.

Aussi OLCG précise : « Le 24 février 1920 Adolf Hitler rend public le programme du Parti ouvrier allemand qui devient une semaine après le Parti national-socialiste ouvrier allemand. Un des 25 points de ce programme est le suivant : ‘Nous réclamons de la terre et du sol pour la subsistance de notre peuple et pour l’établissement de notre excédent de population.’ Sur ce point précis et à ce moment-là, le Parti ouvrier allemand ne propose rien d’original.’ C’est lorsque l’Allemagne s’engage dans la guerre contre l’Union soviétique ‘judéo-bolchevique’ et qu’elle se tourne vers l’Est qu’un changement profond est arrivé. Le 22 juin 1941 il est déclaré : ‘Nous autres, nationaux-socialistes, biffons (…) délibérément l’orientation de la politique extérieure d’avant-guerre. Nous commençons là où nous avions fini il y a six cents ans. Nous arrêtons l’éternelle marche des Germains vers le sud et vers l’ouest de l’Europe, et nous jetons nos regards sur l’Est. Nous mettons un terme à la politique coloniale et commerciale d’avant-guerre et nous inaugurons la politique territoriale de l’avenir’. »

Pour obtenir de nouvelles terres il leur faut abattre l’Union soviétique. Il ne s’agit pas de conquérir des terres vierges sur les continents africains ou asiatiques. Mais aussi les populations de ces territoires sont mises sur le même pied d’égalité que les « Noirs », les « Arabes » ou les « Indochinois » « puisqu’elles sont réputées appartenir à des races inférieures destinées à être exploitées et assujetties par un Etat qui place le racisme et l’antisémitisme au cœur de sa légitimité et de ses actions ; c’est alors sans précédent, Hitler ajoute : ‘Ce que l’Inde fut pour l’Angleterre, les territoires de l’Est le seront pour nous.’ » Il n’est alors pas possible de comprendre l’apparition et le fonctionnement de l’espace vital national-socialiste en ignorant l’espace vital impérial qui le précède. C’est pourtant le cas de la plupart des études qui isolent les conceptions hitlériennes de l’époque où elles ont pris naissance. Ce qui caractérise le national-socialisme c’est d’une part le recours au travail obligatoire des populations, dès 1938 en Allemagne, par la suite dans les pays occupés et d’autre part la poursuite des déportations et du génocide.

« L’espace vital national-socialiste ne repose pas d’abord et avant tout sur l’exploitation des populations concernées, mais sur l’anéantissement physique de certaines d’entre elles et la déportations massives des autres. ‘Faire vivre’ les Allemands en leur octroyant les terres jugées indispensables à leur croissance démographique et au développement du Reich - - s’articule donc à une Thanatopolitique - - ‘faire mourir’ - - sans précédent au regard des moyens mis en œuvre, des buts poursuivis et des résultats effectivement atteints en un laps de temps assez court. De ce point de vue la colonisation de l’Est ne ressemble à rien de déjà connu. »

Il y a pour les spécialistes français deux sortes de colonisation : celle d’exploitation et celle de peuplement. Le projet national-socialiste se situe en dehors de ceux des puissances impériales européennes « puisqu’il repose sur le génocide, conjoint à l’expulsion de peuples entiers et, dans certains cas à l’élimination massive des vies indignes d’être vécues ». « Si l’espace vital impérial a donc inspiré des conceptions mobilisées par Hitler pour concevoir l’espace vital national socialiste en 1924 - - lequel repose sur la purification ‘ethnique’ du Reich - -, les différences de nature qui séparent ce dernier du premier témoignent d’une rupture décisive. Dans le premier cas il s’agit d’un impérialisme d’exploitation et d’un espace vital dont les fonctions sont conformes à cette fin ; dans le second cas, il s’agit d’un impérialisme génocidaire qui détermine la nature très particulière de l’espace vital national-socialiste. »

Parmi les idées avec lesquelles OLCG conclut son livre il y a la fameuse déclaration de Nicolas Sarkozy le 7 février 2007 au cours d’un meeting à Toulon : « Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les route de l’Orient, le rêve qui attira vers le Sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. » Quelques mois plus tard, le 5 décembre 2007, à l’université de Mentouri à Constantine il affirmera « le système colonial était injuste par nature » et il « ne pouvait être vécu autrement, que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ».

Contradiction d’une politique réaliste !

OLCG citera aussi Antonio Tabucchi qui en 2003 écrit : « Un livre, pour un écrivain (mais aussi, je crois, pour le lecteur) ne finit jamais où il finit. Un livre est un petit univers en expansion. »

Rachèle Coulougliani