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Que faire à présent de la large victoire des grévistes Hemera - Holiday Inn ?

Réflexions sur une "énorme victoire"


Imbert Robert /1er mars 2018   

Réflexions - Solidarité - Social


Pendant 111 jours, soit près de 4 mois, les travailleurs du nettoyage d’Hemera (société qui se présente comme étant "au service du bien être" [1]) ont défendu leur dignité et leurs droits à Holiday Inn, un géant mondial de l’hôtellerie … Et ils ont gagné !

Il est rare qu’une grève débouche sur une telle victoire, qu’une négociation soit favorable aux salariés, que de nouveaux droits soient obtenus. Le 12 février, ils ont repris le travail la tête haute et je salue l’obstination des grévistes et l’ample solidarité qui les a entourés. Je ne boude pas mon plaisir, mais je ne céderai pas aux sirènes d’un triomphalisme béat, incitant à scander à tue-tête "on a gagné", jusqu’à épuisement, et ceci pour deux raisons : 1) cette victoire est la leur et 2) "nous", les solidaires qui les avons soutenus, si nous voulons participer efficacement à "l’après", c’est à dire à amplifier la lutte syndicale et politique, nous devons analyser cette grève à l’issue positive, en tirer les enseignements pour envisager les "suites /soutiens /participations" possibles et réalistes.

"À chaud" quelques réflexions personnelles, au nom d’une participation solidaire.

Sur la couverture médiatique

Généralement, ce "type d’action syndicale" ne fait qu’une ligne ou une brève dans la presse.
Ici, il a bénéficié d’une "couverture médiatique " importante et la revue de presse dressée par la CNT-Solidarité ouvrière est impressionnante : pas moins de 80 articles ou reportages publiés tant par la presse militante que dans Le Point, La Marseillaise, Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, sur France 3 ou dans La Voix du Nord… [2].


- Qu’y avait-il dans ce conflit des "nettoyeurs" (ceux que l’on ne voit jamais, à moins de prendre les premiers métros) qui ait fait sortir les journalistes de leurs salles de rédaction ?

- Dans ce climat ambiant de "chasse aux migrants", qu’est-ce qui a poussé jusqu’à un magazine "fashion-people-Lifestyle…"comme Grazia, à y consacrer un billet illustré ? [3].

- Fait "nouveau", même le Figaro n’accole pas le qualificatif de "syndicat anarchiste" lorsqu’il cite la CNT-SO.

- Bien entendu, je ne vais pas rechigner ni cracher benoîtement sur "la presse bourgeoise" ou les interventions de vedettes "prenant la parole" pour les "Holiday Inn" (comme on dit les Conti) jusque dans l’émission de divertissement ; "On n’est pas couché".
Malgré les critiques que nous portons à juste titre aux "médias", la question qui me semble nécessaire à nous poser désormais est : "comment en tirer profit, sans nous "vendre "… ?



Sur les réactions et suites post victoire

Relayant ce succès, bon nombre de sites ont repris les communiqués de la CNT-SO / CGT-HPE. Dans son article d’analyse, la Gauche révolutionnaire évoque une "énorme victoire des grévistes à Holiday Inn Porte de Clichy" [4] qui se conclut par :

Les "Holiday Inn" savent bien que leur grève et surtout leur victoire serviront d’exemple et pourront en encourager d’autres à relever la tête et à dire : « L’ESCLAVAGE, C’EST FINI "

Et puis des tweets sur le compte de la CNT-SO [5] comme :

Bravo pour cette belle victoire ! Ça fait plaisir au passage de voir que c’est [le drapeau] de la CNT qui flotte dessus. Enfin... une des CNT (soupir et yeux au ciel).

Felicidades compañeros" (CGTvalencia)

Warmest regards and congratulations on the victory ! /Healthcare worker in Sweden

Ces quelques réactions "à chaud" soulèvent d’ores et déjà des pistes :


- Sur ce site, nous avons reporté des échanges autour de la revue Les Utopiques, sur le thème : "Redonner d’autres perspectives au syndicalisme" [6], qui questionnaient, avec des contributeurs de différentes organisations syndicales, sur les difficultés et les perspectives possibles du syndicalisme et des mobilisations sociales. Et donc, comment, y compris avec nos histoires, nos différences d’approches ou de "lignes", pourrions nous "apprendre et profiter" de la victoire des "Holiday Inn" ?

- Pour que "la convergence des luttes" ne se cantonne plus à un concept ou à un slogan, il va bien falloir avancer ensemble, comme l’ont fait sur le terrain les "Holiday Inn" de la CNT-SO et de la CGT-HPE qu’il n’était pas rare de voir avec les autocollants des deux syndicats ou portant les 2 drapeaux…

- Et si on "piquait aux "Holiday Inn" leurs autocars pour désormais manifester "à Paris, Marseille, à Toulouse, mais aussi à Londres, Barcelone, Genève ou Bruxelles ! ", partout où la lutte peut avoir une "autre" résonance que depuis "République - Nation" ?

- Bref, en attendant que pour les travailleurs du nettoyage aussi, "l’esclavage, [soit] fini", on a encore du travail …


Une caisse de grève

Et le 20 février, les 10 000€ euros collectés pour la caisse de grève étaient remis aux "Holiday Inn" pour "compenser partiellement " leurs pertes de salaire…


Retour sur le 102ème jours de grève

Dans sa revue de presse, la CNT-SO a omis [7] de rapporter la rencontre du 27 janvier 2018 à la Bourse du travail de Paris. En ce 102ème jours de grève, se tenait une rencontre sur le thème "Fin du travail, vie sous contrôle... ou l’offensive technologique du capital " à laquelle participaient Eric, un gréviste de l’Holiday Inn de Clichy, Laura de le CNT-SO et Tiziri de le CGT-HPE [8]. Outre la détermination et la clarté des 3 intervenants encore en lutte, c’est la lucidité des propos et la cohérence et la convergence sur la lutte qui sont à noter :


- Éric  : "Ne pas continuer à subir "



- Laura : "Rentrer sans gagner n’était pas possible"



- Tiziri  : "Un combat pour l’internalisation du nettoyage…"



Après la large victoire des grévistes d’Hemera - Holiday Inn, tout commentaire sur ces 3 vidéos s’avère superflu. Dont acte.