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Lewis Caroll, Zygmunt Bauman et la star de variété

Fulano /12 décembre 2011   

Humeur


Dans “Alice au pays des merveilles”, l’héroïne de Lewis Caroll interroge le lapin blanc qui court sur place, et veille à ne jamais s’arrêter. Le léporidé, habillé comme pour aller à une fête, lui répond : « ici, vois-tu on est obligé de courir pour rester au même endroit, si on veut aller ailleurs, il faut courir deux fois plus vite que ça ».

Dans son tube ” Je vais vite”, Lorie (chanteuse pour midinettes de – 12 ans) se prenait pour le compagnon d’Alice. Dans son costume de scène (slim et hauts talons) au rythme d’une musique Tecktonik, elle chante :

Que 24h c’est trop court dans ma journée, Et mon bonheur oh je cours après. Je vais vite, je m’entraine A ne pas perdre une seconde, Je vais vite, Tout mes mots, dépassent le mur du son. A toute vitesse, on oublie d’avoir peur. Le mur du son, le mur du son, le mur du son, le mur du son, le mur du son… Je vais vite… Je vais vite, … “.

Certes, la langue y est moins belle que chez Caroll mais le fond ne manquera pas d’interpeller Zygmunt Bauman [1] qui dans son analyse de la société comme un monde fluctuant, dénonce les gesticulations dans tous les sens pour rester en place. Pour éviter d’être jeté par-dessus bord, d’être surpris en flagrant délit de stagnation, il nous faut bouger à tout prix, pour acquérir cette fameuse individualité, passeport indispensable de survie dans “la vie liquide”, triomphe du consumérisme.

Mais que Lorie se console, tout, y compris l’homme ou sa chanson deviennent objets de consommation, avec une date de péremption au-delà de laquelle l’objet aussi bien que l’individu sont jetables…

Et dans quelques temps sa bleuette sera elle aussi vite oubliée… “c’est dans l’air du temps“


PS :

Lire aussi : Zygmund Bauman. Vivre dans la "modernité liquide"


[1Zygmunt Bauman : sociologue anglo-polonais né en 1925, enseignant à l’université de Leeds. Il décrit la télé-réalité comme une métaphore du monde global, où « ce qui est mis en scène, c’est la jetabilité, l’interchangeabilité et l’exclusion ». Dans "La Vie liquide" (éditions Le Rouergue), il analyse nos gesticulons dans tous les sens pour rester en place, dans un monde fluctuant. Pour éviter d’être jeté par-dessus bord. Ou pire, surpris en flagrant délit de stagnation…