/ Billets d’humeur : Les “acquis sociaux”, c’est quelque chose de très très flou.

Les “acquis sociaux”, c’est quelque chose de très très flou.

Contribution /6 octobre 2015   

Réflexions - Médias - Humeur


Alors que médias et le gouvernement s’indignent de chemises arrachées par des salariés en colère à des gens qui vont leur arracher 2900 emplois, rappelons les propos du PDG d’Air France Alexandre de Juniac aux rencontres patronales de Royaumont, face entre autre à Gattaz, en décembre 2014 :

« Les “acquis sociaux”, c’est quelque chose de très très flou. […] Ça contient beaucoup de choses, on peut y mettre les 35 heures, l’âge de la retraite, l’interdiction ou la limitation du travail des enfants, enfin, vous pouvez y mettre un nombre de choses considérable.

[…] Quand vous y réfléchissez deux minutes, la durée du travail – qui paraît-il est un acquis social –, qu’est-ce que ça veut dire pour un ingénieur qui a un smartphone ou une tablette chez lui ? Absolument rien ! D’ailleurs nos ingénieurs, nos cadres travaillent chez eux ! Alors, on peut juger ça très bien, très mal, mais la durée du travail, qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que que c’est un “acquis social” en fait ? Pas sûr…

Autre élément : l’évolution des mœurs, par exemple. Je me suis penché sur la réglementation du travail des enfants – qui est un “acquis social”. Les premières réglementations, elles datent de 1840 : il fallait avoir au moins 8 ans, dans des entreprises qui comptaient au moins 20 employés. […] Puis ensuite c’est monté à 12 ans, puis ensuite c’est monté à 16 ans… […] Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que même la notion d’enfant a évolué. […] Est-ce qu’il faut les faire travailler, pas travailler ? Pas sûr !

[…] Alors je vous parlerai pas de l’âge de la retraite, “acquis social” : 65 ? 60 ? 62 ? Avec l’allongement de la vie, est-ce que ça a un sens, cet “acquis social” ?
À l’aune de ces constatations, quand vous y réfléchissez, avec l’évolution des enjeux mondiaux […], les “acquis sociaux”, ça ne peut qu’évoluer, ça n’est pas une notion figée. Ça c’est pas du tout français ! Ça n’est pas dans l’acception française de la notion d’“acquis sociaux”, dans cette notion d’intangibilité et d’irréversibilité.
[…] Il y a beaucoup d’“acquis sociaux” qu’on défend au mépris des générations suivantes.

[…] Quelles sont les limites qu’on peut mettre à cette évolution des “acquis sociaux” ?

[…] Dans l’aérien, ça veut dire quoi ? […] Compétition mondiale, nous avons 2 grands compétiteurs. Par le haut : les compagnies du Golfe, voilà des gens qui arrivent avec des prestations plutôt de qualité, des prix en-dessous des nôtres… Mais comme me le disait mon homologue de Qatar Airways hier à propos de la grève que j’ai eu à subir : “M. de Juniac, chez nous c’est juste pas possible, on les aurait tous envoyés en prison !” [applaudissements] Et puis de l’autre côté, quelque chose de complètement différent, c’est les “low-cost”, qui arrivent par le bas du marché.

[…] Donc tout ça pour vous dire : les choses sont difficiles, elles peuvent être expliquées, il faut y consacrer du temps, et puis il y a aussi un moment où il faut savoir dire “non”. »

- Alexandre de Juniac, PDG d’Air France, rencontres patronales de Royaumont, 6 décembre 2014 -



Sébastien - luttopie