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Des vies courtes, mais pleines… Le 80 ème anniversaire de la FIJL, Fédération ibérique des jeunesses libertaires

Vidas cortas pero llenas... 80 aniversario de la F.I.J.L.


Frank /1er avril 2013   

Culture


Le livre [1] remplit parfaitement son premier objectif de nous restituer des vies. En fait, il s’agit de la réédition de deux brochures, l’une d’Alaíz de 1954 Vidas pero llenas. La FIJL en la lucha por la libertad [Des vies courtes mais pleines. La FIJL dans la lutte pour la liberté], et celle de 1961 de Víctor García Contribución a una biografía Raúl Carballeira. Ces deux écrits sont encadrés par un bref apport d’Antonia Fontanillas sur la naissance de la FIJL et un texte inédit “Germinal Gracia y el valor de la amistad [Germinal Gracia –nom véritable de Víctor García- et la valeur de l’amitié]”.

Le second objectif, qui aurait été de fournir des données historiques et des évocations d’actions collectives jusqu’à aujourd’hui, est en en grande partie effacée par le premier. Et il en va mieux ainsi car les organisations sont forgées par les camarades créateurs de mondes nouveaux qu’ils portent dans leurs cœurs. Et en l’occurrence, il faut indiquer la besogne d’Antonia Fontanillas qui, ayant déjà franchi le seuil des quatre-vingt-dix printemps, est encore jeune d’esprit et dans la voix.
L’inquiétude partagée par les créateurs de la FIJL le 18 août 1932 à une époque de clandestinité avec des vives la FAI (p. 7) correspondait à un engagement envers la révolution visible, comme ce fut le cas.

Il est remarquable qu’une partie des jeunes de La FIJL qui ont donné leurs vies pour la lutte antifranquiste de la période 1946 1948 avaient été, comme Amador Franco, animateur de collectivités autogérées et opposant à la participation gouvernementale de la CNT FAI. La FIJL a également réuni ces jeunes au sein de groupes d’affinité où ils purent s’épanouir avec des âmes proches et développer leur passion pour la culture et la poésie.
Des nombreux prénoms et noms de familles de compagnons surgissent de ces pages, des membres de ces groupes affinitaires, vitaux en Espagne comme en France pour offrir un refuge, le réconfort, la stimulation pour la lutte clandestine.
Je tiens à signaler au passage Liberto Sarrau qui m’a transmis tant de souvenirs et de réflexions sur certains des camarades cités et qui a tant donné pour l’antifranquisme et ensuite pour l’anarchosyndicalisme, encore que plusieurs fois je n’aie pas partagé ses orientations.
La méthode révolutionnaire a-t-elle échoué ou, si vous le préférez, la méthode subversive prônée et appliquée par le mouvement anarchiste international durant trois quart de siècle ? Nous sommes convaincus que non. S’il y a eu des erreurs, elles ne proviennent pas des tactiques libertaires en soi, comme les partisans du “révisionnisme” le prétendent, sans pouvoir le prouvez, mais de leur mauvaise mise en pratique. Est-ce la faute d’un inventeur habile, si des gens appliquent de travers sa découverte ? (Impulso, 24 janvier 1945, cité page 67).
Raúl Carballeira (28.02.1918, Juárez, Argentine - 26.07.1948, Barcelone) écrivait de la même manière à ses amis, comme Víctor García, (le 22 novembre 1944) Il faut revendiquer les postulats anti-étatiques bases de la Ière Internationale et sources de son unique vitalité. Mais n’abandonnons pas les travailleurs confédéraux à la merci du réformisme politique et de la franc-maçonnerie internationale, car si nous agissons de la sorte nous cesserons d’être le facteur déterminant dans le combat social et nous deviendrons quatre groupuscules de rêveurs des Arcadies (p. 70).

Le texte inédit d’Antonia Fontanillas complète en partie l’histoire de Raúl, et il nous indique les conséquences policières des détentions sur les membres des groupes affinitaires et leurs familles étant donné les liens multiples existant parmi eux. Cela contrevenait certainement aux règles de la clandestinité, mais simultanément la survie provenait d’une exaltation du refus de la soumission morale, militariste, castratrice imposée par la répression et la dictature fasciste catholique (p. 106).
Et au passage, Antonia montre sa méfiance envers le nouvel élan que la FIJL connut dans les années 1960-1970 (p. 119). Curieusement elle est beaucoup plus discrète sur ce plan que sur celui des susceptibilités entre elle et les camarades qu’elle évoque, Germinal [Víctor García] et Diego [Abel Paz].

Antonia souligne chez Germinal son rejet du dogmatisme anarchiste en général et par conséquent de la CNT de l’époque (1987). Et Germinal de lui répondre Tu envisages de traverser la moitié de l’Europe en quête de congrès comme si tu étais une enthousiaste des printemps lointains. Je suis jaloux de ton enthousiasme (Lettre du 23 mars 1987, p. 121).
Une bonne définition de l’inquiétude qui hantait la génération révolutionnaire et antifranquiste.
L’enthousiasme pour les réalisations libertaires de tant de compagnons de par le monde doit illuminer nos vies.




[1Alaíz Felipe, Fontanillas Antonia, García Víctor Vidas cortas pero llenas... 80 aniversario de la F.I.J.L. [Federación Ibérica de Juventudes Libertarias], Badalona, 2012, 127 pp.