/ Réflexions : Des Œillets rouge et noir

Des Œillets rouge et noir

Contribution /26 avril 2018   

Réflexions - Solidarité


Le 25 avril 1974, la révolution des Œillets met fin à près de cinquante ans de dictature fasciste au Portugal. Les libertaires des années 68 ne peuvent qu’être à l’affut de ce qui va se jouer dans cette partie de la péninsule ibérique, voisine de l’Espagne franquiste. D’autant que, très vite, un véritable « socialisme spontané » s’y exprime…

Dernière secousse révolutionnaire en Europe de l’Ouest, la révolution des Œillets va surprendre une bonne partie de la gauche et de l’extrême-gauche française. Certes des grèves importantes dans les années 60, le mouvement des travailleurs agricoles de l’Alentejo en 1962 ou encore l’agitation étudiante laissent à penser que le système corporatiste du régime salazariste se fissure.

S’y ajoute l’enlisement dans les guerres coloniales en Angola, en Guinée-Bissau et au Mozambique. Pour y échapper, des centaines de milliers de jeunes portugais désertent et émigrent en France, la plupart clandestinement.

Dans la nuit du 25 avril 1974, le coup d’État du Mouvement des forces armées (Movimento das Forças Armadas, MFA), emmené par des jeunes capitaines ayant servi en Afrique, fait s’effondrer l’Estado novo comme un château de cartes.

Aux antipodes du Chili l’année précédente, le coup d’État militaire est ici porteur d’un souffle de liberté, inclinant vers le socialisme, dans lequel vont s’engouffrer les classes populaires portugaises. Et ce jusqu’à ce qu’il soit clôt par un autre coup d’État, le 25 novembre 1975, mené par la frange la plus réactionnaire de la hiérarchie militaire avec l’appui du Parti socialiste de Mário Soares.

Les militant.es de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) vont scruter de près ces quelques mois de la révolution portugaise [1]. Non sans avoir en tête la possible contagion de l’élan révolutionnaire à l’Espagne voisine, sous domination franquiste, et dont l’histoire sociale a été marquée par l’action des anarcho-syndicalistes.

Rôle de l’Armée, antagonismes de classe, autogestion et double-pouvoir, reconstruction d’un mouvement libertaire organisé… c’est en révolutionnaires et libertaires qu’ils et elles vont s’attacher à comprendre et à défendre la révolution des Œillets. Une délégation de l’ORA se rendra même sur place une semaine en juillet 1975, en plein « été chaud » (Verão Quente) [2].


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[1Voir la brève chronologie en fin de billet ainsi que « Au-delà des Œillets. Grandeurs et limites de la Révolution portugaise » de Ugo Palheta, publié sur le site de Contretemps en avril 2014. Voir aussi le chapitre consacré à la révolution portugaise dans le livre de Charles Reeve, Le Socialisme sauvage, L’Échappée, 2018.

[2Rapport de la délégation ORA au Portugal du 23 au 28 juillet 1975, « Relations internationales », carton ORA 3.2, Fonds d’archives communistes libertaires (FACL), Musée de l’Histoire Vivante de Montreuil.