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Communiqué des ALLUMÉS DU JAZZ

Contribution /20 juillet 2018   

Culture - Musiques - Social


Chez les politiques qui nous gouvernent, la figure de Georges Clémenceau est à la mode. On connaît sa célèbre phrase : « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires. ».
La musique serait-elle devenue si grave qu’on ne la confierait plus à des musiciens, ni même à des disquaires ou des producteurs indépendants, grands oubliés de la consultation puis du rapport intitulé « Rassembler la musique - Pour un Centre National » publié en octobre 2017 dit Rapport Roch-Olivier Maistre ?

Deviendrait-elle aussi grave que la littérature désormais confisquée à une éditrice ? Ou bien est-ce la virtualité de notre époque, de nos rapports qui engendre une telle légèreté ?

Car si la musique n’est pas devenue grave, sa situation l’est et ce ne sont certainement pas les méthodes de consultation utilisées pour l’édification d’un résurgent Centre National de la Musique, à propos duquel les Allumés du Jazz ont exprimé questionnements et inquiétudes lors de leur communiqué du 12 février 2018 (« Un Centre National de la Musique pour quoi faire ? »), qui viendront rassurer.

La conclusion en était la suivante : « Il est bien entendu que la musique est aujourd’hui diffusée par une grande diversité de supports et de pratiques, la tâche est donc de les respecter tous et encourager particulièrement les plus estimables, les plus signifiants sur un autre plan que celui de l’économie pure. Non par une centralisation qui jamais ne saura être à l’écoute d’un ensemble complexe, mais par l’aide à une multiplicité convenant davantage à l’incroyable variété des expressions musicales. »

Les Allumés du Jazz, association regroupant plus de 70 structures de productions indépendantes qui représentent un champ assez vaste des pratiques liées à la diffusion de l’enregistrement sonore du jazz entendu au sens large, ont, suite à des communications de couloir avec leurs homologues d’autres fédérations appris que se tiendraient des consultations au début de l’été relatives au CNM. De façon fort civile et après discussion, ils ont souhaité en être et ont adressé aux auteurs de la lettre générale du 6 juin 2018, les députés Emilie Cariou et Pascal Bois, une demande de rendez-vous, demande malgré plusieurs rappels, restée sans réponse. Entretemps la consultation se concentrait sur les date des 12 et 13 juillet à La Rochelle. Anticipant une défection (les Francofolies ? La coupe du Monde de football ?), cette réunion sera reportée au 19 juillet à l’Assemblée Nationale, lieu de moindre villégiature, mais sommes toutes, plus adapté à la situation.

Dans le courrier du 3 juillet (qui n’a pas été adressé aux Allumés du Jazz) signé des mêmes députés, on relève cette phrase que d’aucun jugeront de formidable hâte réductrice : « Compte tenu du nombre important d’organisations concernées et de la richesse des thématiques évoquées, nous vous invitons, dans la mesure du possible, à favoriser une expression commune, en particulier sur les sujets faisant consensus.  » Traduction : « Vous êtes si nombreux et différents qu’une seule voix nous conviendrait davantage  ». Un peu de mauvais esprit chuchotera : « et cette voix, de toutes les façons, a déjà été entendue ».

Le 9 juillet dernier, les Allumés du Jazz publiaient un communiqué intitulé « Toujours plus à l’Ouest, Bruxelles, Believe et les Gafa » relevant un pan de l’inquiétude de plus en plus étouffante. Qu’en est-il des pratiques musicales dans un monde dominé par la haute technologie ? Ce sont ces sujets complexes et souvent ravageurs (combien d’entre nous jettent l’éponge et jusqu’où ?) qu’il conviendrait de hisser en première cordée.

La réunion du 19 juillet aux invitations limitées (sur quels critères ?) et à laquelle participeront une douzaine de nos camarades, nous semble bien désuète au regard de la gravité de la situation qu’un Centre National de la Musique fabriqué à la hâte ne saurait cacher.

La musique est un langage bien important, loin de celui de la guerre, et ce sont bien les conditions de sa liberté d’expression tellement mises à mal, qui méritent aujourd’hui le détour.

Les Allumés du Jazz,
le 17 juillet 2018
https://www.lesallumesdujazz.com