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Citoyen, consommateur, internautes, administré…

Fulano /3 mars 2005   

Cyber Culture


Le développement d’Internet est indissociable de la notion de "domaine public". Son histoire est marquée par une tension constante entre tenants de la chose publique et promoteurs de l’initiative privée.

Il suffit, pour s’en convaincre, de penser aux luttes menées autour des standards techniques de l’Internet par les instances publiques de régulation comme le W3C, d’un côté, et par les constructeurs informatiques et les éditeurs de logiciels, de l’autre. Là où les premiers défendent des valeurs autant techniques qu’éthiques, les seconds plaident pour la libre entreprise, le secret industriel et la conquête de parts de marché.

Mais les enjeux autour de la propriété intellectuelle se règlent désormais dans et par l’entremise du cyberespace. Et si la loi est régulièrement mise à contribution pour fixer les limites entre ce qui appartient à tous et ce qui est appropriable par certains, elle est de plus en plus souvent contestée par des collectifs de citoyens au motif que ses intentions sont, de manière croissante, partisanes car favorables aux seules puissances de l’argent. "...Heureusement, l’Internet n’appartient pas aux seules entreprises qui le bâtissent et l’exploitent".

Le domaine public de facto -de très nombreux programmes, sites, pages et documents sont mis à la disposition du public sans autre forme de procès- se trouve consolidé par l’effort de création d’un cadre juridique adéquat. L’élaboration de nombreuses licences de diffusion en tous lieux de la planète participe de ce mouvement, comme si une fraction de l’Humanité décidait de prendre en charge le devenir du domaine public en-dehors, ou plutôt à côté, des structures de pouvoir héritées des siècles passés.
C’est dans ce contexte flou et complexe, où les règles de délégation anciennes entrent en contradiction avec la pratique quotidienne de millions d’individus, que se déploie la question de l’existence d’un domaine public de l’Internet et toutes les questions qu’elle entraîne :

• Comment comprendre la notion de bien commun numérique ?

• Les licences libres sont-elles des garantes efficaces d’un domaine public ?

• Le copyleft est-il une réponse à la privatisation des connaissances ?

• Quel rôle jouent code informatique et code ?

• Quelle pérennité pour les ressources libres ?

• Quels moyens pour un domaine public numérique mondial ?

• Quel cadre juridique/politique les contenus produits sur fonds publics ?

Dans les mouvements qui louent et utilisent le P2P pour sa "formidable opportunité", 2 sont à retenir pour leurs positions et leurs "contributions ". Les chercheurs en intelligence collective et les altermondialistes, puisqu’il s’agit d’eux, se rejoignent pour encourager "un formidable élan de partage"...

"Au-delà du consensus technique, les visions utopiques ont été le carburant du développement du réseau, construction politique étonnante fondée sans les États, lieu de la réinvention de nombreuses formes collectives (des "communautés" aux forums ou aux projets collaboratifs) et de nouvelles contractualisations sociales. Sa place devient exorbitante, il est maintenant un fait de civilisation, ancré dans les pratiques, et qui fait défaut à ceux qui ne peuvent en être ; il accueille en son sein les places de marché, en même temps qu’il définit un "espace public" ; il est, parfois abusivement, le cadre et le levier de toutes les innovations, celles du commerce, de l’administration, de l’éducation ou du développement territorial.

Pour qu’il devienne un facteur de civilisation, il nous faut aujourd’hui prendre explicitement en compte le Bien Commun, c’est-à-dire la vision de l’intérêt général qui sublime les intérêts particuliers. C’est cette notion qui fait de la Toile une maison commune pour les collectifs informels, les entreprises commerciales, les esprits libres et les acteurs publics. Parce que nous sommes tour à tour citoyen, consommateur, éducateur, administré ou travailleur ; cette vision partagée du Bien commun est probablement le moteur du développement pérenne de l’Internet."

Cette analyse défendue entre autres par la Fing, est tout à fait compréhensible de la part d’un "club" de réflexion sur les nouvelles technologies dont l’objet est de stimuler, repérer et faire connaître l’innovation dans les services, les applications et les usages de l’Internet de demain. Elle l’est aussi de la part de Pierre Lévy qui travaille sur l’intelligence collective définie comme la capacité de mieux penser ensemble, de mettre en commun les connaissances cumulées par l’humanité et d’avoir accès à une mémoire plus grande ainsi qu’à des échanges interculturels accrus contribue à élargir cette trame de fond de la création du savoir sur laquelle se développeront la pensée humaine et l’intelligence collective.

Fulano De Tal