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Aller au sud de nulle part avec Bukowski

Contribution /27 juillet 2017   

Culture - Humeur - Social


En vacances, il ne faut pas se priver de lire des nouvelles de Bukowski comme "Au sud de nulle part"…


Si vous vous attendez à lire les exploits d’une "Amérique" parfaite et propre sur elle, refermez ce recueil avant d’en lire la première nouvelle. À l’inverse, si l’image de grandeur et de puissance donnée au pays vous donne quelque peu la nausée, plongez vous avec humour dans les nouvelles de Bukowski.
Au sud de nulle part, comme n’importe où, au travers des paysages étatsuniens, chaque nouvelle devient un éclat de vie. Pour ne pas tomber dans le cliché de la banlieue pavillonnaire proprette ou tous les voisins se sourient, Charles Bukowski nous fait partager des expériences avec ses mots. Et pourquoi ne pas passer le dimanche à l’hippodrome ou suive un vieux maniaque au bar du coin ? Pourquoi se contenter d’expériences extraordinaires quand le banal quotidien suffit à nous fasciner ? Si vous aussi vous vous posez la question, prenez une grande bouffée d’humour et rapatriez votre 30 000ème degré et lancez vous dans n’importe quelle nouvelle que ce soit. Certaines portent sur le sexe, d’autres sur l’alcool ou encore sur des pratiques quelques peu dégoutantes, mais c’est si bon de pouvoir lire de courtes images de ces vies délurées.
Malgré les propos parfois crus et des images bien précises de vices assumés, les nouvelles se dévorent les unes après les autres comme s’il fallait à tout prix effacer les visions pour les suivantes, pas forcément plus sages. Pas toujours facile d’entrer dans ce monde un peu noir qui sent la bière et la transpiration, mais après en avoir dévorer quelque uns, on se verrait presque accoudé au bar, écoutant les récits de vies débridées. Pas de brides dans les détails ou de pincettes prises pour illustrer, mais ici le choix a été fait de ne pas trop choquer.

On passera "L’amour pour $ 17,50" qui reste ma nouvelle préférée ou encore « Arrêtez de lorgner mes nénés, Mister », pour des nouvelles plus « présentables » mais alors il ne faut pas oublier que ce qui rend Bukowski si fantastique, c’est qu’il nous emmène dans des instants qui sont parfois plus humains que les réactions face à ses écrits. Il faut alors choisir les nouvelles à décrire, sans pour autant risquer d’entrer dans des détails trop intimes. C’est pourquoi l’ouverture que je propose vers le monde de Charles Bukowski se fera à travers deux de ses nouvelles, "Deux pochards" et "Pittsburgh Phil & Co.".

C’est encore sous les effets de l’alcoolisme qu’un gamin d’une vingtaine d’années parcours les routes Californiennes. Le long des routes passent des camions, et comme il le faut, en voilà un qui s’arrête pour lui. Soyons grossier mais honnêtes, la première pensée du routier n’est pas pour sa gueule. Mais c’est avec un sacré caractère que le gamin lui tourne le dos, il ne mange pas de ce pain là. Pour ne pas que l’histoire se termine comme ça, le routier propose un petit boulot qui pourra payer une bière tiède au gamin. Se joint à l’équipe un vieux puant la gnôle et la mort. Le temps de charger d’anciens rails de chemin de fer à bord du camion, les trois poivrots radotent sur leur vie passée, sur les échardes qui font un mal de chien ou encore les femmes qu’ils ont eu dans leur lit. En soit, rien de bien palpitant ou croustillant, mais c’est aussi ça la vie, des histoires dont tout le monde se fout, mais qui arrivent. En tout cas c’était l’histoire des deux pochards, qui auraient pu être trois.

Éviter une vieille connaissance qui côtoie un peu trop la bouteille. Se laisser prendre par la pitié. C’est comme ça que Hank s’est retrouvé à se rendre au champ de course avec Summerfield. Hank est habitué aux paris, aux courses et à la sale tronche des chevaux, mais avec Summerfield c’est autre chose. Il y connaît rien, il lui emprunte de l’argent et il mise sur un cheval dont les chances de gagner sont minimes. Mais la chance du débutant lui fait gagner pari après pari. Il en devient même plutôt friqué ; beau costume, cigares cubains et tout l’attirail du parieur au champ de course. La chance tourne toujours et Summerfield perd son pouvoir, ses favoris ne lui rapportent plus rien, et les billets disparaissent de son nouveau portefeuille en cuir. Retour à la case départ, avec plus rien dans les poches, c’est de nouveau à Hank d’offrir un verre pour noyer le désespoir de Summerfield. Histoire classique.

C’est dans un style qui se rapproche de l’image que j’avais des nouvelles de Charles Bukowski que j’en fait l’apologie. Arrêtons les politesses et appelons un chat un chat, c’est ce qui est fait et dit dans les nouvelles humaines et parfois à la limite du vulgaire de Bukowski. Si vous vouliez une fin heureuse et pleine de marmots, il aurait été plus judicieux de lire du Mussot.

Clara Anacaona


Quelques livres de Bukowski :

  • Contes de la folie ordinaire (1972)
  • Women (1978)
  • Journal d’un vieux dégueulasse (1967)
  • Souvenirs d’un pas grand chose (1982)
  • Le postier (1971)
  • L’amour est un chien de l’enfer (1976)