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À propos de la grève des travailleurs sans-papiers

par Clotilde (militante de Solidaires), Olivier (militant CGT), Etienne (militant syndicaliste révolutionnaire)


AutreFutur /19 janvier 2010   


Le mouvement en cours actuellement bouscule les habitudes et certitudes de nombreux camarades se revendiquant du mouvement libertaire et du syndicalisme révolutionnaire. De quelle nature est donc fait le mouvement des sans-papiers ? En quoi les revendications de cartes temporaires seraient elles antinomiques d’une bataille pour les libertés de circulation et d’installation ? Enfin les mouvements de grève d’aujourd’hui dans de multiples secteurs (restauration, construction, etc….) ne constituent-ils pas les premisses d’une « organisation ouvrière » participant d’un rassemblement de l’ensemble des travailleurs, français et étrangers ?

N’y a t’il pas lieu de quitter nos enfermements boutiquiers et de jouer le jeu d’une unité syndicale difficile au profit de l’Unité Ouvrière ?

Un mouvement de classe

La lutte des sans-papiers a muté d’une lutte antérieure autour de lieux symboliques (St Bernard, St Denis, etc…) destinée à rendre visibles les hommes et femmes, les revendications qu’ils portent pour investir le champs de la production.

L’année dernière, l’action s’articulait surtout entreprise par entreprise alors que, cette année, le mouvement ne porte pas uniquement contre les patrons voyous mais remet en cause les mécanismes même d’un système qui se nourrit du travail des SP.

S’y retrouvent donc, aux delà des collectifs de travailleurs organisés dans certaines entreprises, également des individuels qui se regroupent par champs professionnels.

En ce sens, on peut affirmer qu’il s’agit d’un mouvement de classe et de masse.

Une action réformiste ?

Ici où là, une double critique est formulée au mouvement actuel. Il cautionnerait la pratique de « cas par cas » par les Préfectures et impliquerait u renoncement global sur la liberté » de circulation et d’installation au profit d’une autorisation de séjour temporaire et précaire. Certain vont même jusqu’à qualifier d’auxiliaire des préfectures les militants syndicaux et associatifs investis dans cette lutte. Nous pensons que ces critiques sont dépassées au regard de la situation actuelle :

- l’action collective des travailleurs SP, de leurs organisations syndicales et de leurs associations vise à imposer la régularisation de tous les travailleurs sans papiers par un rapport de force favorable

- sur la durée même du titre, rappelons que cela ne dépend que des préfectures et du rapport de force que le mouvement saura imposer. Chacun comprendra qu’un titre d’un an vaut toujours mieux que le centre de rétention

Un étape importante pour le mouvement syndical et social :

La grève actuelle marque un retour des syndicats comme acteurs de la lutte des sans-papiers. Elle traduit aussi la volonté de ces derniers d’utiliser l’arme traditionnelle des travailleurs, le syndicat, pour mener leur lutte.

Évidemment, cette rencontre se réalise d’abord sur la revendication immédiate de ces travailleurs, la question des papiers. Mais c’est l’occasion d’appréhender l’ensemble des conditions de travail, de rendre concrète l’action syndicale et peut-être de faire émerger de nouvelles équipes militantes. Encore faut-il que le syndicat joue son rôle formateur, et se révèle un véritable outil de lutte et d’émancipation.

Par sa forme même, des piquets de grève cogérés par les travailleurs sans-papiers et des militants syndicaux et associatifs, le mouvement concrétise le slogan “ Français, immigrés, même patron même combat ”.

De même, l’enjeu est tel, qu’au-delà des réflexes de chapelle, les travailleurs en lutte réalisent l’unité à la base.

Clotilde, militante de Solidaires

Olivier, militant de la CGT

Etienne, militant syndicaliste révolutionnaire